ÂME de Danièle Sallenave, de l’Académie française. Texte publié au sein du livret « Dis-moi dix mots qui te racontent » par la DGLFLF

Je ne sais pas ce que c’est que l’âme, mais je sais que j’en ai une.
Voilà tout, d’un mot.
Au début du film de Jean-Luc Godard, Vivre sa vie, on entend
une voix d’enfant qui dit : « Une poule est composée d’un
intérieur et d’un extérieur. Si on enlève l’extérieur, il reste
l’intérieur, et quand on enlève l’intérieur, on voit l’âme. »
C’est une définition qui me convient pour définir ce qu’est
l’âme. Elle est cet intérieur de l’intérieur que dit la voix de
l’enfant. Plus loin et plus profond que toutes les manifestations
de l’esprit, de la pensée, du sentiment. Est-ce une puissance ?
Une énergie ? Un souffle ? Tout cela, oui. La vie même. La joie.
Est-elle mortelle ou immortelle ? Après Platon, mais dans un
autre sens que lui, le christianisme la dit immortelle, mais c’est
pour l’entacher aussitôt d’une souillure dont il faut qu’elle se
lave, le péché originel. Les matérialistes disent qu’elle disparaît
avec le corps, mais certains philosophes sans le nier leur
opposent qu’elle est immortelle aussi puisqu’elle est en relation
avec ce qui ne meurt jamais : la pensée, la vie. J’approuve cette
façon de voir. Je la fais mienne.
Dans le combat contre la peur, la défiance, la brutalité du
quotidien, la violence venue des autres, l’asservissement aux
tentations, l’âme souffre. Résistons à tout ce qui peut en briser le
ressort, fortifions-la dans l’action, l’exercice de la pensée, l’amour,
la pratique de l’art : la puissance de l’âme s’accroît en s’exerçant.

Danièle Sallenave
Écrivain français, née le 28 octobre 1940 à Angers, elle a été élue
à l’Académie française au fauteuil (n° 30) de Maurice Druon le 7 avril 2011.
Normalienne, agrégée de lettres, traductrice de l’italien (La Divine Mimesis
de Pier Paolo Pasolini), elle a également collaboré au journal Le Monde,
à la revue Le Messager européen et aux Temps modernes.
Elle a enseigné la littérature et l’histoire du cinéma à l’université Paris-X
(Nanterre) de 1968 à 2001. Elle reçoit le Prix Renaudot 1980 pour Les portes
de Gubbio et le Grand prix de littérature de l’Académie française en 2005.
Elle tient depuis septembre 2009 une chronique hebdomadaire sur France Culture.

« Votre âme est un paysage choisi »
Paul Verlaine, Clair de lune

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