Discours de M. Gabriel de Broglie, Chancelier de l’Institut de France à l’occasion du 4ème anniversaire de la disparition de Pierre Messmer

Cérémonie à l’occasion du 4ème anniversaire

de la disparition de Pierre MESSMER

le 29 août 2011

à la Chancellerie de l’Ordre de la Libération

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Témoignage de M. Gabriel de BROGLIE,

Chancelier de l’Institut de France

 

Dans son livre de Mémoires « Après tant de batailles », Pierre Messmer a évoqué ses trois vies de guerrier, de gouverneur et de ministre.

Selon les mots de Maurice Druon, « Il n’y a pas de vie plus pleine, plus grande, dans la guerre comme dans la paix », que la sienne. Après avoir quitté les responsabilités, il était peut-être naturel qu’il entrât, à titre de consécration, dans les compagnies académiques.

En réalité, il entamait une quatrième vie, toute aussi remarquable, celle d’académicien, que lui ouvraient sa culture, la précision de ses connaissances dans de nombreux domaines, la finesse de son esprit, une haute conception de la morale en politique.

C’est ainsi qu’il fut élu d’abord aux Sciences morales et politiques en 1988 à la succession de Léon Noël, puis secrétaire perpétuel de cette académie pendant trois ans, avant, rançon de son succès et de sa bonne gouvernance, d’être élu Chancelier de l’Institut.

Puis ce fut l’Académie française, en 1999, au fauteuil de Maurice Schumann. C’était la première et la dernière fois qu’un Compagnon de la Libération succédait à un Compagnon de la libération, reçu sous la coupole par un autre Compagnon, aujourd’hui Chancelier de l’Ordre, qui avait été lui-même reçu sous la coupole par Maurice Schumann. Il est de ces rendez-vous que l’Académie française sait ne pas manquer, tant elle est intimement attachée à l’idéal chanté par Joachim du Bellay : « France, mère des Arts, des armes et des lois ».

Son expérience des fonctions gouvernementales, son autorité naturelle, son dévouement exemplaire, sa rectitude en ont fait un interlocuteur privilégié des pouvoirs publics et, mieux qu’un gestionnaire, un animateur de la vie académique.

Ayant été proche de lui pendant les années où il fut Chancelier, je puis ici témoigner que la référence à ses initiatives et à ses positions continuent de guider nos actions.

Il a été l’initiateur de la loi de 2006 dont nous vivons quotidiennement et scrupuleusement car elle est la charte de l’indépendance des académies qui est leur raison même d’exister. Sa probité reconnue a convaincu de généreux mécènes d’abriter à l’Institut des fondations d’une grande ampleur qui font de celui-ci aujourd’hui un acteur majeur de la philanthropie en France.

Il eut l’intuition de solliciter S.A. l’Aga Khan pour sauver l’admirable domaine de Chantilly, « fabuleusement riche mais dramatiquement pauvre ». La Fondation créée par l’Aga Khan fait vivre de nos jours à Chantilly un véritable conte de fées.

Enfin le palais de l’Institut manque cruellement d’un auditorium moderne pour tenir des réunions nombreuses, ne serait-ce que celles de l’Académie des sciences en séance plénière. Pierre Messmer obtint la restitution d’une parcelle autrefois distraite du domaine du quai de Conti et le projet d’auditorium est entré aujourd’hui dans la voie des réalisations concrètes.

Mais autant que les questions de gestion, c’est son attention aux travaux académiques qui mérite d’être soulignée. Il y a toujours pris une part personnelle active. Soucieux que ceux-ci portent sur les problèmes majeurs de notre temps, il veillait à ce que les débats se déroulent avec précision et sérénité, que selon ses termes « les académies parlent d’une voix que l’on ne puisse confondre avec aucune autre ».

Pierre Messmer offre l’exemple d’une vie rassemblée qui unit celle du combattant, celle du gouvernant et celle de l’académicien autour de la seule ambition de servir. Plusieurs de ses dernières dispositions en témoignent. Il a fait le legs de sa vaste bibliothèque privée, témoin de sa vie intellectuelle, à Sarrebourg, la ville qui lui a donné le jour. Un buste en marbre le représente, selon sa volonté, revêtu du côté gauche de l’uniforme de légionnaire, de l’autre de l’habit d’académicien. La donation de son habit d’académicien et de l’ensemble de ses décorations au Musée de l’Ordre de la Libération réunit les circonstances très diverses qui lui ont valu ces distinctions à sa geste héroïque.

La grandiose cérémonie silencieuse qui, aux Invalides, a clos cette existence de légende unissait, elle aussi, le héros, le gouvernant et l’académicien. Dans les jours qui ont précédé cette cérémonie, son cercueil a reposé ici-même.

Pour honorer l’ancien Chancelier de l’Ordre de la Libération, je puis désormais après quatre années, me remémorer sa propre phrase, en la rapportant à lui-même et à l’Ordre de la Libération : « Il n’y a pas de cercueils à l’Institut de France, pour que nos prédécesseurs ne meurent pas et demeurent à nos côtés, immortels ».

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