Failles démocratiques françaises. Par Jean Cluzel, de l’Académie des sciences morales et politiques

Chaque époque a ses inspirateurs.

         En 1939-1945, Simone Weil était, pour la génération de l’auteur, l’une des figures les plus attachantes, en raison de la compréhension qu’elle avait des drames subits par le monde du travail ; en définitive la philosophe avait décidé de partager la vie de ceux qui, depuis la fin du XVIIIème siècle, subissaient les effets des révolutions industrielles successives.

Jean Cluzel, de l'Académie des sciences morales et politiques

         Elle avait même quitté le professorat pour entrer en usine ; afin de mener la vie la plus dure qui puisse être ; c’était un bel exemple d’enracinement.

         Au début du XXIème siècle, ses messages n’ont rien perdu de leur pouvoir de conviction pour qui veut penser vrai et agir en conséquence.

         Mais les temps ont changé et les idées ne se transmettent plus de la même façon, la télévision et Internet étant passés par là.

         L’essentiel est que le triple message d’humanisme, de solidarité et d’action délivré par Simone Weil, demeure efficace.

         Le voici, en traduction moderne, dans  la courte et déjà fameuse légende amérindienne qui, au début du XXIème siècle, portée par Pierre Rabhi, permet d’en diffuser les idées tout en réveillant les consciences :

         « lors d’un gigantesque feu de forêt, un petit colibri multipliait les allers-retours de la rivière à l’incendie afin de jeter sa goutte d’eau sur le brasier : un tatou, exaspéré par l’entreprise dérisoire de l’oiseau, s’adresse alors à lui : « Colibri que fais-tu ? Tu vois bien que tu ne pourras pas éteindre l’incendie. » Et le colibri de répondre : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Et voici, résumée pour Internet, l’analyse qui conduisit Pierre Rabhi à s’engager :

« la crise qui affecte la planète n’est pas structurelle, économique, écologique ou politique, elle est avant tout profondément humaine en raison de modèles d’existence erronés. Il faut, si l’on veut être conséquent avec soi-même, replacer l’homme et la planète au cœur de nos préoccupations. »

On voudra bien admettre que la mondialisation n’innove en rien, sinon par l’ampleur et l’instantanéité des informations inondant la planète ; elle est donc devenue globalisation ; c’est pourquoi les combats entre le fort et le faible continuent avec allégresse ; et leur issue ne laisse que peu d’espoir.

A l’ambitieux qui veut utiliser sa vie, peut-être lui faut-il s’inspirer de Saint-Exupéry lorsque, en forme de témoignage, l’écrivain  proposait comme règle d’efficacité :

« Dans la vie il n’y a jamais de solutions toutes faites mais il y a toujours des forces disponibles. Il suffit de savoir les rassembler pour que surviennent les solutions. »

En nous situant résolument dans la ligne de Simone Weil, et de l’auteur de Vol de Nuit, nous avons,  avec quelques amis, décidé d’imiter le Colibri, et de relever, au moins une partie, des défis qui s’imposent à cette Terre des Hommes en ce début de XXIe siècle.

Sans porter de jugement sur l’organisation des Etats démocratiques, force est de constater l’immense écart existant entre les travaux législatifs des Parlements modernes et l’inefficacité qu’ils engendrent.

C’est ainsi qu’en France, pour la seule Assemblée Nationale, au cours du dernier quinquennat – mai 2007 à mai 2012 : 264 lois ont été votées ; 110.920 amendements déposés ; en 9.700 heures de séances publiques ; 4.662 questions ont été posées au Gouvernement auxquelles s’ajoutent 149.468 questions écrites. L’alignement de ces chiffres se passe de tout commentaire.

Une montagne paperassière a obscurci le paysage au fur et à mesure que ces textes législatifs et administratifs alimentaient les tentacules bureaucratiques jusqu’à la moindre commune après avoir descendu tous les escaliers de cette véritable Tour de Babel.

Qu’en est-il des résultats ?

Pour répondre à cette question, il suffit d’avoir suivi les débats en France des deux campagnes électorales du printemps 2012 (présidentielle et législatives) sans trop s’appesantir sur les failles de notre démocratie.

A chacun de prendre ses responsabilités.

C’est pourquoi, nous avons, en équipe, décidé de nous transformer en Colibris.

En partant de cette constatation que l’Humanité avant 2050 va augmenter de plus de 2 milliards d’habitants, alors que, déjà, entre la fin du XXème siècle et 2011, 1 milliard supplémentaire d’enfants ont vu le jour ; en majorité sur les continents d’Asie et d’Afrique.

L’Europe dont la population va globalement stagner, se trouvera dans l’obligation  d’encombrer ses villes de maisons de retraite alors que, dans le même temps, l’Afrique tentera de construire des écoles et de susciter des vocations d’enseignants.

Ce ne sont pas les conciliabules mondiaux qui permettront de trouver les solutions de solidarité qui s’imposent à court terme ; mais les actions individuelles, car – pour quatre décennies jusqu’en 2050 – la lutte  de l‘Humanité pour sa survie, sera féroce. La réaction normale de tout homme, digne de ce nom, a toujours été de se porter au secours de ceux qui peinent, de ceux qui souffrent, de ceux qui n’ont pas d’avenir et auxquels il faut tendre la main : pour la nourriture, pour la santé, pour l’éducation, pour l’économie, pour la démocratie et pour la Paix.

Revenons à cette histoire d’incendie en prenant, cette fois-ci, exemple sur ceux qui, pratiquement chaque année dévastent une partie des forêts du Midi de la France ; lorsque les pompiers se trouvent à pied d’œuvre, il leur arrive de combattre plus efficacement avec leurs pelles et leurs pioches qu’avec les appareils sophistiqués, dont ils disposent et qui, pour un temps, ne sont pas assurés du succès ; mais avec leurs pelles et leurs pioches, ils créent des coupes feu toujours efficaces.

On en revient aux conclusions d’une Simone Weil et à nouveau d’Antoine de Saint-Exupéry  que rejoint Pierre Rabhi puisque les organismes bureaucratiques dans l’ensemble du monde n’obtiennent pas – car leurs méthodes et leurs moyens sont inadaptés- les résultats souhaités ; une solution s’impose et c’est la plus efficace : «répondre à l’explosion des besoins individuels par l’explosion d’actions individuelles. »

Ayant, quelque jour, développé ce point de vue à la demande d’un journaliste du quotidien régional La Montagne, celui-ci eut l’idée d’en informer ses lecteurs sous le titre : l’Académicien Colibri

Pourquoi pas ?

N’était-ce pas un honneur tout à la fois pour l’Académicien et pour le Colibri ?

Tel est donc l’objectif de ce récit qui, commencé dans les limites de l’Allier, et modestement poursuivi au niveau national entend prendre une dimension intercontinentale en faisant appel à tous les Colibris du monde. Afin de justifier, en partant du désordre Français, un nouvel ordre d’actions multiples dépendant de volontés individuelles. D’ailleurs après chaque guerre et après chaque catastrophe, les hommes ont toujours réagi de la même façon ; la machine bureaucratique montée à grands frais ayant toujours été frappée d’inefficacité face à toute situation inédite.

Cette équipe a privilégié les trois objectifs suivants :

–        Etudier

–        Echanger

–        Produire

En voici le récit

Il a pour objectif une efficacité comparable à celle des abeilles ou à celle des fourmis. Au choix !

 

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  1. parisel’s avatar

    Ce texte est formidable de bon sens, oui revenons à l’essentiel.. Arrêtons d’infantiliser le peuple.. de créer de obligations qui n’enrichissent que ceux qui ont décidés et ceux qui fabriquent : deux alcotest par voiture, détecteur de fumée.. et tantiquanti..
    Je suis agée mais j’espère que le bon sens du colibri, des abeilles .. de monsieur Jean Cluzel et de Pierre Rabhi arrivera à enfin toucher le monde.
    Avec tout mon respect pour votre courage dans cette lutte.
    Jeanne

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