« L’incohérence française », un livre de Christian Saint-Etienne. Par Yvon Gattaz, de l’Académie des sciences morales et politiques

Ce livre relativement court (153 pages) est remarquablement complet et éloquent dans sa description des étapes, souvent peu connues, de notre politique économique française et particulièrement de notre industrie.

Inévitablement, l’auteur entreprend une comparaison entre l’Allemagne qui a toujours choisi de défendre et de promouvoir ses industries (même avec les restrictions de Gerhard Schröder sur le pouvoir d’achat et la consommation), et la France qui, curieusement, a choisi avec une obstination inquiétante, de privilégier la consommation par l’endettement à tous les niveaux. Perseverare diabolicum !

Christian Saint-Etienne ne donne pas ici de jugements personnels, mais il les étaie toujours par des chiffres incontestables.

Il rappelle que les difficiles négociations de Maastricht et l’absence de grands projets publics industriels dans les infrastructures, ont provoqué la première vague de désindustrialisation de 1992-1993 qui effaçait les acquis prestigieux des Trente Glorieuses. Et puis de 1999 à 2010, le poids de l’industrie a baissé de 30 % dans le PIB français, contre 13 % dans la moyenne des autres pays de la zone euro. Or l’industrie, c’est l’exportation (80 %) et c’est l’innovation (85 % des R&D). Les Allemands, insensibles aux modes qui passent, persistèrent dans l’automobile haut de gamme et les machines-outils qui représentent l’amont de toutes les technologies. Christian Saint-Etienne appelle sévèrement les années 91-93 « Les Trois Mortelles » et les années 99-2012 « les Douze Bérézina ».

Si son constat est sévère, très sévère, Christian Saint-Etienne propose dans sa postface de (je cite) « réduire les dépenses qui alimentent la consommation à crédit et favoriser les investissements dans les infrastructures, l’éducation et la R&D afin de construire une économie de l’innovation. L’alpha et l’oméga de la sortie de cette triple crise consiste évidemment à reconstruire notre offre productive, c’est-à-dire à multiplier les PME en croissance qui décident d’innover et d’exporter partout en Europe et dans le monde méditerranéen, qui constituent notre sphère naturelle d’action. » (fin de citation).

Un livre décapant qui mérite une lecture attentive pour ceux qui souhaitent restaurer notre économie et notre industrie. Si mes confrères de la Section Economie me le permettent, nous pourrions présenter ce livre à notre compagnie pour l’attribution éventuelle d’un prix 2012.

Yvon GATTAZ (le 12 mars 2012)

 

 

 

 

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