Discours de Jean Cluzel, de l’Académie des sciences morales et politiques, pour la Remise de la cravate de commandeur des palmes académiques à Alexandre Wattin, président de l’ORFACE

École Militaire Paris,  le 11 JUIN 2012

Mesdames, Messieurs, chers amis

Nous voici nombreux, chaleureux et amicaux

Alors que l’Europe est en crise.

Alors que le couple Franco-Allemand doit donner l’exemple.

Alors que l’avenir paraît si difficile à assurer.

Nous voici rassemblés pour honorer l’un des nôtres Alexandre WATTIN.

Chacun ici en connaît les mérites, le déroulé de ses actions en France, en Allemagne et bien au-delà.

Il est l’un des maillons les plus solides d’une chaîne, celle de la Paix et de l’Union.

Août 1914 : en Europe, des millions de jeunes se jettent les uns contre les autres ; on estime qu’en France, 1/3 des 18-25 ans y laissa la vie.

Septembre 1939 : Seconde Guerre Mondiale

22 janvier 1963 : signature du Traité de l’Elysée par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, fondateurs du couple Franco-Allemand

L’Allemagne retrouve en ce début de siècle la position qui fut toujours la sienne au milieu des deux grandes sphères culturelles européennes, la slave d’un côté ; la romane de l’autre ; à la jeunesse il a été proposé de développer une coopération unique au monde. Et la France à ses côtés !

Après le pain, l’éducation est le premier besoin d’un peuple », disait Danton avec raison et le fait de dispenser cette éducation est sans conteste l’action la plus noble que l’on puisse espérer accomplir. Cette noblesse, Napoléon voulut la concrétiser en 1808 par la création des « Palmes académiques », ordre dans lequel je vais avoir le plaisir d’élever Monsieur Alexandre Wattin à la dignité de commandeur.

L’éducation des peuples peut s’entendre de multiples façons. La plus évidente est le travail quotidien dans cette institution majeure de la République qu’est l’école au sens large — de la maternelle à l’Université. Mais, il existe d’autres voies, moins balisées, pour apporter à ses contemporains le « pain de l’esprit » dont ils ont tant besoin.

C’est sur ces voies que j’ai croisé Alexandre Wattin.

J’ai, en effet, pour ma part, toujours agi en faveur de l’éducation populaire, depuis la création de l’Université populaire de Bransat dans l’Allier en 1955 à la création, cinquante ans plus tard, de la première web-radio académique francophone sur Internet, Canal Académie, en passant par mon action en tant que Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences morales et politiques.

C’est dans cette fonction que j’acceptais, en 2003, cinquante ans après le Traité de l’Élysée, la création du Prix de l’amitié franco-allemande pour la Construction européenne et de la Grande médaille de l’Observatoire des Relations franco-allemandes, projet que me proposait Alexandre Wattin.

Je me réjouis de retrouver ici l’un au moins des lauréats de cette Grande médaille : Monsieur Michaël Scherpe, Président de Messe Franfurt – France.

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            Cher Alexandre Wattin,

Vous œuvrez, depuis 30 ans, au service d’une cause dont la portée historique et l’actualité brulante n’échapperont à personne : une meilleure connaissance mutuelle des peuples français et allemands, condition nécessaire de leur rapprochement.

Connaissance de la langue

Soucieux de contribuer à la connaissance du patrimoine culturel et linguistique français en Allemagne, vous n’avez eu de cesse de mettre votre talent pédagogique au service de la diffusion et de l’apprentissage de la langue française. De la même manière, vous êtes de ceux qui se sont battus pour accroître, dans notre pays, la connaissance de la langue de notre principal partenaire. Ainsi, vous avez publié un ouvrage remarquable intitulé Les 1001 raisons d’apprendre l’allemand, où vous exposez de façon détaillée et judicieuse les nombreuses possibilités universitaires et professionnelles qui existent pour des jeunes possédant un bagage bilingue franco-allemand.

La pertinence et la qualité de l’ouvrage ont fait que Monsieur Kurt Beck, Ministre Président allemand plénipotentiaire pour les affaires culturelles franco-allemandes, vous a fait l’honneur d’un avant-propos, de même que le Président d’Honneur du Haut Conseil Culturel Franco allemand. En outre la Commission culturelle du Sénat en a fait référence dans son rapport sur l’apprentissage des langues  étrangères en France. À la suite de cette publication, vous avez été invité à de nombreux colloques traitant de ce sujet.

Enfin, à l’occasion des journées franco-allemandes du 22 janvier, vous participez à de nombreuses actions de soutien en faveur de l’apprentissage du français en Allemagne et de l’allemand en France. Je ne citerai qu’un seul exemple : celui de l’école primaire de langue française à Minfeld en Rhénanie-Palatinat.

Coopération militaire

Admirateur du général De Gaulle, dont vous avez édité et traduit la seule pièce de théâtre (Le Flambeau), vous vous êtes attaché à faire vivre le souvenir de son engagement, aux côtés du Chancelier Adenauer, en faveur du rapprochement franco-allemand. Secrétaire général du Mémorial de Gaulle-Adenauer à Berlin vous avez organisé la mise en place d’une stèle commémorative, en étroite coopération avec vos interlocuteurs allemands. Votre action au moment de la commémoration du 40ème anniversaire du Traité de l’Elysée vous ont d’ailleurs valu les remerciements du Président de la République et du Président d’honneur du Mémorial, mon regretté confrère Pierre Messmer.

Vous êtes également Conservateur honoraire du Musée militaire de Mayence où vous avez contribué à la mise en place de salles éducatives afin de préparer un projet pédagogique en faveur des jeunes allemands désireux de connaître l’histoire française de leur ville.

Ancien militaire et officier de réserve, vous vous intéressez, en effet, tout particulièrement aux questions militaires. Vous avez été membre de l’Amicale de l’Enseignement Militaire Scientifique et Technique et avez consacré un ouvrage à la coopération franco allemande en matière de sécurité de défense. Mais surtout vous avez été volontaire pour prendre en charge l’organisation des journées d’appel à la préparation de défense dans les Länder de Hesse et de Rhénanie-Palatinat. Vous aviez à ce titre en charge une moyenne de mille jeunes français annuellement. Dans ce cadre, vous avez tenté de mesurer le déficit linguistique de certains jeunes français de l’étranger et de proposer des solutions appropriées de relance de l’apprentissage de la langue nationale pour ce public particulier.

Le sport

Toujours en direction de la jeunesse, vous avez développé des initiatives franco-allemandes dans le domaine de l’éducation physique et sportive, conformément aux engagements pris en 1953 par nos deux pays. Vous avez ainsi  mis en place, avec l’aide de l’école des Officiers de la gendarmerie nationale de Melun, une grande manifestation d’athlétisme s’étalant sur six mois. Elle a permis à plus de 450 élèves gendarmes et à 150 jeunes scolaires de s’entraîner pour participer aux épreuves récompensées par l’insigne sportif bavarois et allemand. L’intérêt suscité de part et d’autre du Rhin par cette initiative a amené les organisateurs à solenniser la remise de ces insignes lors d’une cérémonie qui a réuni plus de 600 personnes.

Fort de votre expérience, rééditée avec succès à Mont-de-Marsan, vous avez déposé un dossier, actuellement à l’étude dans les services du Ministère des sports afin de réaliser un partenariat éducatif à l’occasion de la commémoration du 50ème anniversaire du traité de l’Élysée en 2013, l’an prochain.

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Parce que chacune et chacun ici connaît le magnifique parcours d’Alexandre WATTIN, je me permettrai d’en rappeler les trois qualités principales

–         L’exigence

–         Le courage

–         La passion

      

Exigence, Courage et Passion, supposent :

ü     le Stoïcisme face aux coups du sort et aux malheurs de la vie

Exigence, Courage et Passion,  supposent :

ü     l’Attention aux autres, à tous les autres

C’est ainsi que la vie peut continuer. Pour tous ; grâce aux efforts de tous.

Grâce à celles et ceux qui n’ont jamais douté.

Pour notre ami Alexandre WATTIN, il nous faut conclure avec Blaise de Montluc, qui dans l’un de ses sept livres de commentaires, nous légua cette maxime : « Nos vies et nos biens sont à nos rois. L’âme est à Dieu et l’honneur est à nous. Car sur mon honneur personne ne peut rien. »

            C’est parce qu’il est de cette lignée que la plus haute distinction des Palmes académique lui a été décerné. Au moment où l’idée d’une intégration plus poussée de la zone euro n’a cessé de progresser avec la crise de la dette. Si cette direction est prise alors, grâce à des hommes comme Alexandre WATTIN et ses amis -avec vous toutes Mesdames, avec vous tous Messieurs- il sera prouvé que les interdépendances économiques conduisent à la nécessité de l’union politique.

ALORS, TOUS ENSEMBLE, ASSURONS L’AVENIR DE LA JEUNESSE EUROPEENNE.

 

Jean CLUZEL

de l’Institut

Membre Honoraire du Parlement

Commandeur de la Légion d’Honneur

DISCOURS A L’OCCASION DE LA REMISE DE LA CRAVATE DE COMMANDEUR DES PALMES ACADÉMIQUES

 À MONSIEUR ALEXANDRE WATTIN

PRÉSIDENT DE L’ORFACE, Observatoire des Relations Franco-Allemandes pour la Construction européenne

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