Berthe Morisot au musée Marmottan Monet. Par Jacques-Louis Binet, correspondant de l’Académie des beaux-arts

Berthe Morisot est longtemps restée enfermée dans sa légende. D’abord celle de Corot, dont elle procède à ses débuts et surtout de Manet, qui, l’a tellement sublimée derrière l’accoudée et l’étonnée du Balcon, le regard noir de ses yeux, en fait bruns, de ses Portraits, ou  la dédicataire du Bouquet de violettes d’un bleu délavé. Avant d’être  peintre, Berthe Morisot avait été le modèle d’un des portraits les plus passionnés du XIX° siècle : et son nom avait été effacé par celui de Manet.

Il a fallu toute sa volonté et sa singularité, pour, malgré le rayonnement personnel qu’elle exerçait, les amitiés passionnées qu’elle a suscitées à la rencontre de Mallarmé, Degas, ou Renoir, elle ne cesser de travailler, presque sans le dire, sans atelier, sans véritable modèle, cachée, derrière l’élégante austérité un peu hautaine et le caractère difficile d’une bourgeoise d’il y a cent cinquante ans.

C’est cette œuvre, longtemps à l’écart qui est exposée jusqu’au 1° juillet, avec une préface de Paul Valéry, et de Jean-Marie Rouart, l’un et l’autre, faisant partie de sa famille, dans ce Musée, qui en possède la plus grande collection , ainsi que sa correspondance et de nombreux carnets de croquis, aux abords du Bois de Boulogne, dans ce faux paysage, ces «  bosquets modérés et ces profondeurs médiocres », qui suffisaient à Berthe Morisot, mais qui  étaient l’objet des plaisanteries de Mallarmé.

Nous y apprenons toute la subtilité de son métier et ce qui la différencie des autres impressionnistes.

Après les premières années d’apprentissage, de 1850 à 1870, elle se trouve dans L’AQUARELLE, parfois en plein air, Petite fille assise dans l’herbe de 1882, et dans les premiers PASTELS sur sa fille Julie, Julie écrivant de 1884, ou Jeannie en bleu.  Odilon Redon y reconnaît que des taches extrêmement subtiles et féminines, soutenues par de simples indications linéaires (…) donnent un accent plus fin, plus délicatement formulé sue chez les autres.

Tres vite elle passe à la PEINTURE A L’HUILE, qu’elle manie comme l’aquarelle, cette dernière servant à préparer le tableau qu’elle reprendra chez elle, avec une touche « parfois griffe, parfois caresse (…), pure émanation de la couleur et ce sera toute la  série des huiles sur Julie, les Pâtés de sable, de 1882, Eugène Manet et sa fille au jardin, 1883, La fable de ma même année, série à laquelle Edouard Manet ajoute un chef d’œuvre, Julie sur l’arrosoir.

Après cet impressionnisme triomphant, Berthe découvre le DESSIN et ne se sépare plus de ses carnets de croquis, qui conduit à La Fillette au jersey bleu, de 1886, ou le crayon bleu  dessine les formes et donne la couleur.

Et de 1887 à 1895, Berthe cherche encore autre chose. Associant toutes ces techniques, préparant de plus en plus ses tableaux, elle utilise des traits verticaux, compose des TOUCHES  ALLONGEES, VERTICALES, qui équilibrent le dessin et la couleur, enveloppent et colorent les formes ( la chevelure, les dessins des manches et de la robe, le pelage de la chienne de Julie et sa levrette en 1893, les plis de la robe noir de Julie au violon de 1893, les ondulations des plis de Jeanne Pontillon, 1894, et surtout les mèches blondes et les manches de Julie rêveuse, de 1894, la chevelure et le fond de La Petite Marcelle de1895 ).

La nature, le bord du lac du Bois de Boulogne, les sous-bois en automne se voient rythmés par
les verticales des arbres.

Et cette évolution du métier, cette conquête digne, silencieuse, modeste de son art  retrouvent  bien L’ESPRIT de l’impressionnisme : « fixer quelque chose de ce qui se passe », et elle figurera à toutes les exposions de ce mouvement ;  mais Jean-Marie Rouart, comme Eugène Manet, c’est à dire sa famille,   y retrouvent AUTRE CHOSE, une atmosphère de tristesse, une sourde inquiétude qui, contrairement aux autres impressionnistes  rendent vulnérables  ces visions du bonheur,  et éphémères «  ces choses qui passent ».

P.S  Dans sa technique de sculpture Berthe Morisot  se montre très moderne. Comme beaucoup de sculpteurs d’aujourd’hui, elle préfère le plâtre, qui, garde la race des doigts qui l’on conçu, au bronze et à propos de son auto-portrait en bronze, qui figure dans l’exposition, elle avait écrit : « J’avais surtout envie d’exposer de la sculpture et maintenant je n’ose plus. C’est étonnant, comme empoigné par une préoccupation, tout devient indifférent ; je m’acharne à cette idée : plâtre blanc. »

 

Jacques-Louis Binet   

Jacques-Louis Binet sur Canal Académie

     

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