Jacques de Larosière présente le livre « Proudhon et le Christianisme » du cardinal de Lubac

 

PROUDHON ET LE CHRISTIANISME

 

Par Henri de Lubac (présentation par J.Y. Calvez)

 

Editions du Cerf 2011 (323 pages)

 

 

Publié en 1945, « Proudhon et le Christianisme », qui vient d’être réédité par les Editions du Cerf, est une des premières œuvres du Cardinal de Lubac.

On peut s’étonner, à première vue, de la sympathie qu’éprouve l’auteur pour un penseur aussi farouchement anticlérical que Proudhon.

En fait, Proudhon réagissait contre l’Eglise de son temps et ses compromissions avec le pouvoir. Mais il n’était pas anti-religieux et, du reste, ne figure pas parmi les penseurs étudiés par Lubac dans le « Drame de l’Humanisme athée ». En effet, Proudhon est loin d’être indifférent à l’aspiration religieuse. C’est à l’Eglise qu’il en a. Dans une de ses formules lapidaires, Proudhon lance : « Pour restaurer la religion, il faut condamner l’Eglise ».

Lubac, dans un travail d’une finesse et d’une intelligence remarquables, décrit Proudhon comme « un de nos grands moralistes ». L’homme aime la lutte, l’austérité, le travail, la patience. Et, comme Péguy, la « pauvreté », voulant, au contraire, faire disparaître « la misère ».

Son aspiration à la justice sociale est le thème majeur de toute son œuvre et en particulier, de son énorme : « De la justice dans la Révolution et dans l’Eglise ».

Il fut un homme de projets –il fonda par exemple quatre journaux- mais aussi d’échecs successifs. Ses outrances verbales et son penchant pour la provocation l’ont, en quelque sorte, marginalisé et souvent fait condamner à la prison et à l’exil.

Ses rapports avec Marx ont été difficiles : Marx, qui avait fait l’éloge de la brochure de Proudhon sur la propriété, s’en sépare vite à partir de 1846. Il n’a plus que sarcasmes pour un auteur qu’il juge incapable de maîtriser la pensée dialectique et dont l’idéalisme fait, d’après lui, le jeu de la bourgeoisie et du capitalisme.

 

L’ouvrage de Lubac sur Proudhon donne un éclairage, original et objectif, sur un auteur qu’on lit peu aujourd’hui, mais dont la richesse de pensée est peu commune.

Proudhon avait réfléchi sur l’homme et sa destinée. Il concédait à Feuerbach que, tant qu’il adorait Dieu, l’homme était mystifié. Mais c’est pour ajouter, contre lui, que « maintenant que l’humanité s’adore, elle se mystifie elle-même ». Loin des positivistes et des humanistes de son temps, Proudhon centre toute sa philosophie sur la recherche passionnée de la justice.

 

 

 

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