Jacques Gestalder, un sculpteur classique. Par Lydia Harambourg, correspondant de l’Académie des beaux-arts. Article paru dans la Gazette de Drouot du 24 février 2012

Jacques Gestalder (1918-2006), Le Danseur étoile Alexandre Kalioujny, 1990, bronze érigé à l’Opéra Garnier, entrée de la bibliothèque-musée (galerie Mezzo, Paris)

C’est à l’École nationale des beaux-arts de Paris, que le sculpteur figuratif Jacques Gestalder a appris les règles qui régissent les volumes au service des valeurs humaines. À la suite de Rodin et de Bourdelle qu’il admire, il restera fidèle à la figure humaine suivant les préceptes de son maître Robert Wlérick. Un classicisme serein, une plénitude formelle caractérisent les oeuvres de ce bâtisseur. L’exposition réunit quelques unes de ses sculptures sur le thème de la danse auquel il s’est consacré pendant de longues années ainsi que des portraits, un autre sujet de prédilection. Une découverte pour tout un public en raison de l’éclipse qu’a connue la sculpture figurative, d’expression classique, pendant la seconde moitié du XXe siècle. Imperturbable, Gestalder a continué à travailler dans son atelier de Boulogne-Billancourt, convaincu que son art passait  par son engagement pris avec la beauté et un sens de la grandeur. De son passage dans les ateliers de Lamourdedieu et Georges Saupique, date Femme assise au repos, une taille directe en pierre qui évoque ses nombreuses commandes dès les années 1950 pour des édifices publics – Rueil-Malmaison, Saint-Cloud… La synthèse de la stylisation de ce nu féminin aux rythmes harmonieux crée une impression de robustesse. Cette sobriété du langage s’accompagne d’une tension émotionnelle qu’il libère avec ses figures de danseurs. C’est dans le monde de la danse qu’il fréquente, à la fin des années 1950, qu’il puise une grande partie de son oeuvre. Il dessine pendant les répétitions et immortalise par la sanguine arabesques et attitudes, avant leur transcription en plâtre, qu’il patine puis fond ultérieurement. Ses figures en bronze des danseurs étoiles de l’Opéra de Paris – Claire Motte (1963), Alexandre Kalioujny (1990) – expriment un mouvement intégré aux volumes qui s’engendrent les uns aux autres, pour une remarquable résonance musicale. Ils allient « la grâce et la masse » pour René Char, la force à la sensibilité, le lyrisme à une impression de stabilité dans l’envol pour Kalioujny ou le désir d’apesanteur dans l’équilibre harmonieux des lignes. Avec les portraits, Gestalder confirme son amour de la nature humaine dont il cherche à traduire l’esprit, au-delà de l’apparence. Les bustes de Jean Cocteau (1949) – le bronze acheté en 1969 par la ville de Menton, qui lui dédiera son film le Testament d’Orphée. Louis de Broglie – bronze acheté par l’Institut de France en 1981 –, Paul Claudel, Le Corbusier, l’Abbé Pierre, François Mitterrand comptent parmi ses réalisations d’exception avec lesquelles le sculpteur a été reconnu comme un maître du
grand art classique. Il participa activement au Salon de la jeune sculpture -dont les expositions auront lieu au musée Rodin. Régulièrement présenté au Salon d’automne dont il fut nommé sociétaire dès 1940, il fut également l’un des membres fondateurs du Salon comparaisons en 1955.

• Galerie Mezzo, 46, rue de l’Université,
VIIe, tél. : 01 42 60 54 62/ 06 82 59 24 06,
www.galeriemezzo.com – Jusqu’au
10 mars. Catalogue.

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