Josef Albers en Amérique. Par Jacques-Louis Binet, correspondant de l’Académie des beaux-arts

UNE NOUVELLE PRATIQUE de la  COULEUR :

80 PEINTURES sur PAPIER

de JOSEF ALBERS en AMERIQUE.

Centre Pompidou jusqu’au 30 avril 2012.

Les meilleurs des enseignants ne sont souvent connus et reconnus que par leurs élèves : Josef  ALBERS en fut un  nouvel exemple. Au Bauhaus, qui venait d’être fondé à Weimar, il fut d’abord étudiant pour devenir  trois ans plus tard professeur, mais seulement chargé du cours préparatoire. Il n’y acquit jamais la réputation de Johanes Itten, qu’il remplaçait, ni celle de Gropius ou de Kandinsky, pas plus qu’au Black Mountain College, en Caroline du Nord, lorsqu’il émigre aux Etats-Unis en 1933. D’origine modeste, ayant très tôt acquis, de son père, une véritable formation artisanale, il s’est, d’abord,  pleinement consacré à ses élèves, au travail du verre et à la réalisation de vitraux.

Plus tard, déchargé de ses obligations d’enseignement, il retrouve la peinture à l’huile à laquelle il n’avait pas touché depuis 1920, stimulé, dès 1935, par treize séjours, avec sa femme, au Mexique, avec sa femme, séduit par les couleurs, l’architecture, la population.

Toujours aussi attentif que devant ses étudiants, il ne discute pas, il fait. Il ne s’adresse pas aux autres, mais à son propre intérieur, et sur des feuilles de papier de la même dimension, projette non pas ses états d’âme, mais calmement, systématiquement, ses propositions d’accord, ou de contraste de couleurs, sorties du tube, non mélangées, les couleurs du Mexique, « le magenta, la turquoise, le violet » dont il gomme par des tons mats le caractère excentrique,  « du brun jusqu’au vert opaque,(…) en passant par le rouille chaud et le rose(…). J’étudie la modification de la couleur par la couleur, celle-ci ramenée en quantités proportionnelles. (…)Les couleurs perdent leur identité,(…). Les verts tournent au bleu, des gris neutres ressemblent à du rouge, du violet… »

Mais pour ces jeux colorés, il a fallu trouver « le réceptacle idéal » le CARRE, et l’exposition commence par l’élimination des autres images géométriques.

Cette pratique de la couleur aboutit à un paradoxe: «Un Calme emprunt de mouvement» sous-titre une essai du catalogue; un mélange d’une rigueur de la construction, et d’un certain vagabondage de la couleur, qui déborde, devient grumeleuse, se laisse presque incisée, et garde les traces du pinceau (admirable Homage to the square Platinium reproduit dans le Monde Magazine du 18 février).

Toujours les mêmes règles de travail et un grand bonheur d’expression.  Une certaine volupté. Et que d’influences, que d’éloges, que de remarques instructives d’artistes, d’une autre génération, Frank Stella, Morris Louis, Ellsworth Kelly, Dan Flavin,  Donald Judd…

Jacques-Louis Binet

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