« La monnaie. Histoire d’une imposture », un livre de Philippe Simonnot et Charles Le Lien. Par Yvon Gattaz, membre de l’Institut

Le titre de ce brûlot est volontairement scandaleux. Les deux auteurs ne sont pourtant pas des blasphémateurs professionnels, mais des économistes réputés, spécialistes des questions financières, tous les deux professeurs.

Si Philippe Simonnot et Charles Le Lien ont allumé cette bombe, c’est qu’ils sont profondément convaincus que la déréglementation de la finance mondiale est l’une des causes de la grande crise que nous vivons.

Ils prennent soin, dès le début de l’ouvrage, de rappeler les fondements historiques de la monnaie à travers les âges et les trois moyens des Etats de gagner de l’argent en frappant leur monnaie, le plus important étant, bien sûr, la manipulation monétaire.

Ils justifient l’utilisation de l’étalon-or en constatant qu’une monnaie gagée sur l’or est aussi bonne que l’or lui-même et permet d’économiser de l’or en le faisant quasiment disparaître de la circulation. En somme, il y a plus d’or en circulation dans un système monétaire sans étalon-or que dans un système d’étalon-or lui-même. L’étalon sans or est donc plus couteux en or que l’étalon-or !

Les auteurs citent beaucoup l’évêque, savant et théologien Nicolas Oresme, sorte de prophète méconnu du XIVème siècle , qui a su expliquer le fonctionnement de cet objet « maniable, palpable et aisément portable », et qui a préféré le mot latin moneta (information, mémoire, anticipation) à numisma (médailles).

Ils citent aussi longuement la banque Médicis, banque de la papauté, et également la maison allemande des Fugger qui joua un rôle essentiel auprès de Charles Quint contre François 1er, à tel point que son destin s’est identifié à la fin, à celui de Charles Quint lui-même.

La monnaie, c’est également la Federal Reserve américaine créée en 1913 que les auteurs jugent en partie responsable de la crise de 1929 et même de celle de 2007-2008. Le système étalon-or a fonctionné tout au long du XIXème siècle, et jusqu’en 1914, instaurant, disent les auteurs « une stabilité monétaire et une expansion économique remarquables ».

Mais dès le déclanchement de la Première Guerre mondiale, les banques centrales ont fermé leurs guichets d’or. Dès lors, (je cite) : « il n’y eut plus de limites à l’expansion monétaire, les banques usant et abusant de leur pouvoir de multiplication des moyens de paiement, sachant que le relais serait pris par la Banque Centrale, cette dernière ayant perdu son ancre et ses repères ». C’est pourquoi le XXème siècle a été le plus inflationniste de toute l’histoire.

Et puis, pour les deux auteurs, le grand drame s’est joué le 15 août 1971, lorsque Richard Nixon a détaché définitivement le dollar de l’or, mettant fin de facto aux accords de Bretton Woods de 1944. Pour eux, cet accord signé à Camp David dans le Maryland (je cite) : « augure d’un régime national nécessairement administré et discrétionnaire de la monnaie, chaque pays étant encouragé à renationaliser sa politique monétaire ».

Remarquons au passage la sévérité des auteurs envers Milton Friedman et Ben Bernanke son disciple.

La conclusion montre que, malgré de nombreux prophètes, les crises succèdent aux crises, car la monnaie qui s’est complètement déréalisée et la finance se trouve déconnectée de l’économie. Constat sévère qui justifie le titre de l’ouvrage : « LA MONNAIE – Histoire d’une imposture ».

Un livre choc écrit sans langue de bois, magnifiquement documenté, qui mérite à l’évidence étude et réflexion de la part de tous les responsables.

Yvon GATTAZ

Les émissions avec Yvon Gattaz sur Canal Académie

« La monnaie. Histoire d’une imposture », un livre de Philippe Simonnot et Charles Le Lien (éditions Perrin)

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