Présentation du livre « Les champions cachés du XXIème siècle. Stratégies à succès » d’Hermann Simon et Stéphan Guinchard (éditions Economica). Par Yvon Gattaz, de l’Académie des sciences morales et politiques

Mes Confrères voudront bien me pardonner de commenter ici un livre dont j’ai rédigé moi-même la préface.

Le Professeur Simon a exercé ses talents à Harvard, à l’INSEAD, au MIT. Il a été Président de l’European Marketing Academy et il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages traduits en vingt-cinq langues.

Tout d’abord, le lecteur peut être intrigué par l’expression « champions cachés » qu’il peut considérer comme un oxymore. Peut-on être à la fois champions et cachés ? Eh bien, la réponse d’Hermann Simon est positive.

Hermann Simon rappelle avec à-propos que la position de leader donne des avantages considérables en terme de rentabilité et que cet avantage est proportionnel à l’écart qui le sépare du second, thèse chère à Octave Gélinier qui a été longtemps notre pape français du management. Et les exemples cités dans ce livre sont éloquents : Tetra (nourriture pour poissons) a une part de marché 3,6 fois celle de son concurrent le plus proche, Gerriets (rideaux de scène) détient 100 % du créneau, Mcllhenny (sauce tabasco) conserve son monopole mondial. Et H. Simon veut bien citer quelques entreprises françaises dominantes dans leur marché : Babolat (cordages de raquettes), Somfy (domotique), Bénéteau (bateaux de plaisance).

Hermann Simon définit ses champions cachés par trois critères :

– être n° 1, 2 ou 3 de son marché à l’échelle mondiale,

– réaliser un chiffre d’affaires inférieur à 3 milliards d’euros,

– être relativement peu connu du grand public.

Cette troisième condition démontre pourquoi cet excellent livre de management est en fait un roman policier.

Quant à la taille de ces champions cachés, elle est statistiquement établie par un chiffre d’affaires moyen de 632 millions d’euros, un effectif de 2.037 personnes, une activité pour 69,1 % dans l’industrie et une exportation de 61,5 % du chiffre d’affaires. Ces ETI cachées méritaient un coup de chapeau. Il est dommage, bien sûr, que la France en ait cinq fois moins que l’Allemagne.

Leur ancienneté est également intéressante : un tiers a plus de cent ans, 50 % ont été fondées après la dernière guerre et 15 % ont moins de vingt-cinq ans.

Ce livre décline ensuite avec talent les facteurs de réussite de ces champions cachés, avec des chapitres segmentés de management diversifié.

La croissance, à la fois cause et conséquence de leur succès, est en moyenne de 8,8 % par an, beau record. Cette croissance résulte, non seulement de la volonté farouche des entrepreneurs eux-mêmes, mais aussi de l’innovation et de l’exportation. A l’heure où le monde entier recherche éperdument une croissance mythique, véritable créatrice des emplois, il faut admirer ces ETI qui l’ont créée par l’offre compétitive, sans attendre une pseudo-croissance keynésienne par une demande artificiellement obtenue avec dépenses et endettement.

La concurrence mondiale, si redoutée, est, pour les champions cachés, un moteur de performances nouvelles, un aiguillon bien utile pour stimuler les innovations et les initiatives diverses.

Voilà un ouvrage remarquablement complet sur les atouts cachés des champions cachés.

Un lever de voile éminemment instructif.

Si Peter Drucker, puis Octave Gélinier ont pu être appelés « Papes du management », il semble que ce titre  pourrait être décerné aujourd’hui au Professeur Hermann Simon.

Par  Yvon GATTAZ   le 29 octobre 2012

Yvon Gattaz sur Canal Académie

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  1. Bettina de Cosnac’s avatar

    Monsieur,

    je voulais juste attirer votre attention sur le fait qu’en Allemagne on parle depuis longtemps des « champions cachés », ces fameuses entreprises du Mittelstand dont les partons sont devenus des millionaires. Leurs entreprises sont très souvent restées encore dans les mains d’une seule et même famille. Aussi l’emploi de cette désignation n’avait rien de choquant pour celui qui s’intéresse à l’économie internationale (on parle aus Etats-Unis aussi des « hidden champions »), voire tout simplement à celle d’outre-Rhin.
    Et c’est avec plaisir que j’entamerai la lecture du livre. Cordialement, Bettina de Cosnac (PhD), Journaliste-Ecrivain, Chargée de cours au CELSA

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  2. Naamen BOUHAMED’s avatar

    Merci pour ses indications, il y a en France beaucoup de société PME-PMI cachés, elles n’ont pas la reconnaissance qu’elles méritent car elles ne rentre pas dans la stratégie des Enarques et des pantouflages! Elles sont certes moins nombreuses aussi mais pas tant que cela, je conseille des PME-PMI et je peux vous dire que nous avons des talents bien implanter dans le monde et elles sont très discrètes. j’ai hâte de lire cet ouvrage!

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