Le musée Jean Cocteau-collection Séverin Wunderman de Menton : un palais pour le Prince des poètes. Par Michael Ducousso

Le Musée Jean Cocteau-collection Séverin Wunderman a ouvert ses portes le 6 Novembre 2011 à Menton. Canal Académie est donc partie sur les traces du poète en pays mentonasque.

L’Académicien célèbre pour ses poèmes a produit une œuvre protéiforme, couvrant le large spectre des arts, de la peinture au cinéma en passant par la photographie et le dessin. C’est d’ailleurs en délaissant sa plume pour sa palette, que Cocteau est tombé sous le charme méridional de Menton.  En 1955 le conseil municipal de la « Perle de France » décide en effet de confier au tout nouvel académicien la décoration de la salle des mariages qui sera inaugurée en 1958. Dès lors Menton devient une nouvelle page, une nouvelle toile, dans l’œuvre de Cocteau, une histoire d’amour partagée.

Le musée Jean Cocteau à Menton

Il n’est donc pas étonnant que 50 ans après l’ouverture de la salle des mariages, la mairie ait décidé de lancer la construction d’un édifice consacré à l’œuvre de Cocteau. Une entreprise qui n’aurait jamais pu voir le jour sans la générosité du collectionneur Séverin Wundermann.

 

Cocteau en Amérique

Le 25 Juin 2005 la mairie de Menton reçoit comme donation la collection du magnat de l’horlogerie, le belge passionné de Cocteau, Séverin Wundermann. Seule condition dans le contrat : ces œuvres doivent impérativement être présentées au public dans un musée dédié à l’artiste. Le collectionneur avait déjà ouvert un musée pour ses trésors en 1985 à Irvine (Californie) ; mais fidèle à la volonté du poète, il n’a eu de cesse de rapatrier ces créations en France. Au total cela représente près de 1 800 œuvres (dont 990 de Cocteau lui-même), parmi lesquelles des peintures, des dessins, des lithographies, mais aussi des lettres ou encore le fameux portrait de Dargelos, héros des Enfants Terribles, première œuvre de Cocteau acquise par l’horloger alors qu’il n’était encore qu’un jeune apprenti. Décédé en 2008 à

l’âge de 69 ans, le généreux donateur n’aura hélas jamais pu découvrir l’hommage à Cocteau dont il avait rêvé. L’édifice conçu par l’architecte Rudy Ricciotti rend donc hommage à ces deux hommes si proches et qui pourtant ne se sont jamais croisés.

Le Bastion du port de Menton qui plaisait tant à Cocteau

 

« Les poètes ne dessinent pas, ils dénouent l’écriture et la renoue ensuite autrement »

Au cœur de ce musée inspiré de la méditerranée qui lui fait face, le visiteur pourra s’émerveiller devant la grande Sarah Bernhardt immortalisée aussi bien par Cocteau que par Andy Warhol. Au détour des murs blancs comme les pages d’un livre encore vierge il aura le plaisir de croiser l’éros du cinéma, Jean Marais, aux côtés des héros mythiques Orphée et Œdipe. Et, la dernière image qui s’offrira à lui sera celle du Cocteau cinéaste, immortalisé sur le tournage du Testament d’Orphée par un autre académicien : Lucien Clergue, alors tout jeune disciple du poète et de Picasso. Le photographe a en effet tenu à rendre un dernier hommage à son mentor en donnant au musée ces œuvres inestimables.

Mais si d’aventure vous étiez atteint de la même fièvre pour Cocteau que Séverin Wundermann, longez donc un peu la mer et vous trouverez, à quelques pas du tout nouveau musée, le Bastion, fortin du XVIIe siècle restauré par Cocteau, qui abrite encore sa série dite des « Innamorati » ainsi que ses céramiques.

Motifs conçus sur mosaïque par Jean Cocteau en façade du Bastion

 

Michael Ducousso

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