L’architecte Henri Labrouste, de l’Académie des beaux-arts, à l’honneur à la cité de l’architecture de Paris

Les étudiants qui fréquentent la bibliothèque Sainte-Geneviève (1838-1850, VIème, Paris) ou la Bibliothèque nationale (18541875) BNF-Site Richelieu, IIème, Paris) passent sûrement plus de temps les yeux rivés sur leurs ouvrages, que la tête en l’air. Henri Labrouste (1801-1875), Grand prix de Rome en 1824, ne leur en tiendra pas rigueur, car l’architecte de ces lieux de savoirs est pragmatique : « Pour lui, le bâtiment se déduit du programme et de l’usage », comme le rappelle Corinne Bélier, commissaire de l’exposition Labrouste à la cité de l’architecture et du patrimoine.

Louis-Émile Durandelle, Bibliothèque nationale, vue d’ensemble du magasin central, vers 1880.
Photographie, Paris, BnF, Estampes, HD-1176 (1)-Boîte FOL © Cliché Bibliothèque
nationale de France

Elu membre de l’Académie des beaux-arts, Henri Labrouste est un des architectes du XIXème siècle dont les travaux ont contribué à l’évolution de l’architecture et ont su répondre aux mutations de la société du XIX ème, au même titre que Viollet-le-Duc, Victor Baltard (élu en 1863 à l’Académie des beaux-arts) ou encore Charles Garnier (élu en 1874 à l’Académie des beaux-arts).

Bibliothèque Sainte-Geneviève, vue des voûtes de la salle de lecture
© Bibliothèque Sainte-
Geneviève, photographie de Priscille Leroy

Si la première partie de l’exposition s’intéresse au séjour de Labrouste à la villa Médicis et présente plusieurs de ses projets (cénotaphe à La Pérouse, Tombeau de Napoléon Ier aux Invalides, tombe étrusque…), c’est bien vite la puissance de ses deux bibliothèques qui nous écrase. Surtout celle qui prend l’ombre du Panthéon : la bibliothèque Sainte-Geneviève.

Qui n’y a jamais mis les pieds, ne peut pas savoir ce qu’est d’être accueilli par les deux flambeaux sculptés de chaque côté de la porte (est-ce parce que la bibliothèque est ouverte le soir ou simple référence funéraire ?), de pénétrer dans un vestibule où les bustes de penseurs français profitent de l’ombrage des arbres peints sur les murs, symbolisant le jardin que Labrouste aurait voulu construire pour éloigner la bibliothèque de la voie publique. Qui n’a jamais pénétré  dans la nouvelle salle de lecture, ne s’est pas senti infime au milieu de cette cathédrale de fonte et de fer, matériaux qui ne sont donc plus réservé qu’aux bâtiments industriels. Avec Labrouste,  le fer ornemente, prend de la noblesse, vivifie l’espace.

Bibliothèque nationale, vue d’ensemble de la salle de lecture
© Georges Fessy, photographe

La lumière, également chère à l’architecte, occupe une place privilégiée dans ses bibliothèques. A la bibliothèque Sainte-Geneviève, qui accueillait les lecteurs du soir grâce à l’éclairage au gaz, la lumière est même au centre de l’attention : tout n’est qu’un jeu du passage au clair à l’obscur comme le symbolise ouvertement les figures du Jour et de la Nuit sculptées à l’entrée.  Et dans le froissement des pages, la lumière est avant tout spirituelle.

Bibliothèque Sainte-Geneviève, vue d’ensemble de la salle de lecture
© Bibliothèque Sainte-
Geneviève/ Michel Nguyen, photographe

La Bibliothèque nationale jouit de cette même alliance fer-fonte-lumière.  Rues alentours étroites, contraintes des bâtiments déjà en place ont poussé Labrouste à la réalisation de puits zénithaux grâce à des oculi au centre des neuf coupoles de faïence blanche surplombant la salle de lecture (voir photo ci-bas). Il y a là, quelque chose du Monumenta de Buren, la douceur de l’émail rimant avec les vitraux du Grand Palais. Le magasin central, quant à lui dispose d’un toit de verre à travers lequel la lumière du jour arrose les 5 niveaux  de rayonnages, grâce aux planchers de caillebotis de fonte. Et que dire des colonnes de fonte, de la retombée des arcs, des cariatides et des clins d’œil multiples à l’Antiquité  qui apportent une touche poétique à ce lieu surnommé « le quadrilatère Richelieu ».

Pour prendre pleine conscience de la beauté de ces deux monuments et du talent plein d’audace d’Henri Labrouste, rendez vous à la cité de l’architecture et du patrimoine jusqu’au 7 janvier 2013 et bien sûr…à la bibliothèque…levez les yeux…

Clément Moutiez

Vue de l'exposition "LAbrosute" à la Cité de l'architecture et du patrimoine

Vue de l’exposition « Labrouste » à la Cité de l’architecture et du patrimoine
© G.Bergeret

Bibliothèque nationale, vue de la salle de lecture.
© Georges Fessy, photographe

Exposition Labrouste « La structure mise en lumière »

Jusqu’au 7 janvier 2013

Cité de l’architecture et du patrimoine

Palais de Chaillot

1 Place du Trocadéro et du 11 Novembre  75016 Paris

01 58 51 52 00

Bibliothèque nationale, colonne et coupoles
© Georges Fessy, photographe

 

Bibliothèque Sainte-Geneviève, porte d’entrée sur la place du Panthéon avec ses deux flambeaux de part et d’autres et les 810 noms de savants ou d’écrivains gravés entres les fenêtres
© Bibliothèque Sainte-Geneviève/ Michel Nguyen, photographe

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