L’art du costume à la Comédie-française : L’éblouissante exposition au Centre national du Costume de Scène à Moulins. Par Hélène Renard

C’est l’exposition consacrée l’an dernier aux « vestiaires de divas » qui m’a fait découvrir ce lieu exceptionnel qu’est, à Moulins, dans l’Allier, ouvert depuis 5 ans, le Centre national du Costume de Scène (CNCS, en abrégé, à ne pas confondre avec CNRS !). Exceptionnel par le cadre, un bâtiment du XVIII e, entièrement rénové, ancien logis des cavaliers du roi sous le commandement du maréchal Villars… et qui, aujourd’hui, sert d’abri de conservation, de réserve,  à plus de 9000 costumes de scène de théâtres nationaux, ballets et opéras. Et surtout qui propose des expositions éblouissantes. Pourquoi ? Parce que les costumes ne sont pas alignés les uns à côté des autres, un peu bêtement. Non. Ils sont « mis en scène », valorisés et exposés par une scénographie spécifique autour d’un thème (Noureev, les bêtes de scènes, les opéras russes, Christian Lacroix, et d’autres).

Ainsi, pour l’exposition des costumes de la Comédie- française, croit-on entrer dans la célèbre Salle Richelieu rouge et or, grâce au talent du scénographe argentin Roberto Platé.  Car en ce moment, et jusqu’au 31 décembre 2011, ce sont en effet les plus beaux costumes de la Comédie- française, qui se déploient sous nos yeux.  De ces 500 costumes emblématique, on admire tout : la coupe dans son ensemble, les drapés, la qualité des tissus, les coloris,  et fort heureusement, pour mieux apprécier, on nous donne sur écrans  les détails qui en font la richesse , broderies, passementeries, bijoux, objets, qui tous rendent hommage aux créateurs, aux artisans d’art, aux « petites mains » et au savoir-faire des ateliers de costumes de cette antique Maison.

Nos yeux sont éblouis mais nos oreilles aussi grâce à des extraits sonores. J’ai retrouvé ainsi, et avec quel plaisir, des comédiens que j’avais admirés sur scène étant jeune : Geneviève Casile et Jean Piat, dans Cyrano de Bergerac, pour ne citer qu’un seul exemple. J’ai appris qu’on n’a conservé que très peu de costumes de l’époque de Corneille. Et seulement quelques uns du XVIII è… La majorité datent du XIX è et du XX è.  Evidemment, j’ai essayé de repérer particulièrement les costumes des comédies ou tragédies d’auteurs académiciens (déformation professionnelle !). Je n’en peux citer que quelques uns… !

–  D’abord, le plus ancien de tous les costumes ici présentés, un kimono, est attaché à Voltaire qui, parait-il, l’avait financé en abandonnant ses parts pour l’Orphelin de la Chine (1755).

–  Mais au fil des vitrines, j’ai aussi rencontré des costumes pour Corneille ( dont l’Illusion comique mise en scène par Louis Jouvet en 1937), et pour  Racine (Phèdre mis en scène par Anne Delbée en 1995 et le diadème porté par Rachel),

–  Marivaux, Musset, (des habits et gilets d’homme brodés velours et soie, paillettes, fils d’or pour motifs floraux : somptueux !),

– Victor Hugo bien sûr (pour toutes ses grandes pièces, les costumes pour Hernani  (1867), Ruy Blas,  ou la tunique baroque bleu nuit  de Lucrèce Borgia récemment portée par Christine Fersen),

– et Jean Cocteau (le futuriste costume de Christian Bérard pour le Renaud et Armide 1943),

– Claudel aussi, pour Le soulier de satin (porté par Jean-Louis Barrault en 1943-44),

– Labiche  car la Comédie française inscrit aussi à son répertoire le théâtre dit de boulevard,

– et Montherlant et Ionesco, et tant d’autres…

Les costumes sont dessinés quelquefois par des académiciens, Carzou par exemple (de l’Académie des beaux arts) a conçu les tenues des Incas dans Les Indes galantes de Rameau (1954) et l’année suivante, celle  de Mathan dans Athalie. Et encore Jean Cocteau (de l’Académie française) à qui l’on doit la mise en scène et le dessin des costumes d’Antigone, la tragédie musicale d’Arthur Honegger (1943). Entre classique et  insolite, on comprend  l’évolution de la conception du costume, passant de la tentative de reconstitution historique (la tenue du roi du Danemark dans Hamlet en 1886) à l’évocation dramatique de la fonction (celle du roi dans Macbeth par Thierry Mugler par exemple toute récente). Comment ne pas conseiller l’immersion dans ce « Magasin d’habits » (comme on disait du temps des Lumières) ?  Nul n’y restera insensible, qu’il soit adulte ou enfant (et d’ailleurs, un astucieux périple pédagogique est prévu pour eux).

« L’art du costume à la Comédie-française », tous les jours (sauf 25 décembre), de 10 à 18 h.Quartier Villars, 03000 Moulins. tél. 00.33(0)4.70.20.76.20. Informations sur le site www.cncs.fr.

A lire ou à acheter à la librairie sur place  : le très bel album « Costumes de scène » de Claude Fauque, préfacépar Christian Lacroix, vient de paraître aux Editions de La Martinière (39 e)

La prochaine exposition ? (il y en a 2 par an) : du 29 janvier au 15 mai sur le thème « Machines, trucs et décors au XIX è siècle ». On verra l’envers du décor, ce qui promet d’être bien amusant !

Hélène Renard, directrice générale de Canal Académie.

 

– Les émissions de canal Académie sur les costumes

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