« Le bourgeois gentilhomme » de Molière version2 // « S.E.S. » : Constance-Walter. La chronique théâtre (8) de Jacques Paugam

Avant de vous parler d’un « monument » du théâtre classique, je vous signale que, pour la première fois depuis la création de la rubrique, un « SEUL EN SCENE » a obtenu la mention TTB. Cela vaut le détour.

VITALITE CLASSIQUE

Venons-en, maintenant, au « monument » : deux « BOURGEOIS GENTILHOMME », avec vedettes à l’affiche, sont proposés, en ce début d’année, à Paris. Un esprit chagrin y verrait un manque d’imagination. Je préfère y déceler un signe de vitalité et de bon sens du théâtre parisien.

J’ai déjà eu l’occasion (cf. chronique 4) d’exprimer tout le bien que je pensais de la version proposée au THEATRE 14, dans une mise en scène de Marcel Maréchal, interprétant lui-même le rôle de Monsieur Jourdain.

La comparaison avec la version proposée au THEATRE de LA PORTE SAINT-MARTIN, dans une mise en scène de Catherine Hiégel avec, cette fois, François Morel dans le rôle du Bourgeois Gentilhomme, va être simple : il ne s’agit pratiquement pas de la même pièce.

Maréchal met essentiellement l’accent sur une intériorité, malicieuse certes, mais profonde. Avec ce résultat étonnant : l’oeuvre devient une sorte d’hymne réconfortant à la culture.

ENTRE MENEZ ET DE FUNES

La version Hiégel-Morel ne joue pas du tout sur ce registre.

François Morel incarne un Monsieur Jourdain naïf, autoritaire, capricieux; mais souvent sympathique dans sa façon d’être constamment, ou presque, aux aguets. Au point que ce sont ses yeux qui bougent de la manière la plus significative.

Morel joue merveilleusement les ahuris, les ravis de la crèche; un peu à la Bernard Ménez. Et, quand il se lâche, à la Louis de Funès.

Mais, en réalité, il ne se lâche pas beaucoup. Il ne se laisse vraiment aller que lorsque le rideau est prêt de tomber.

L’ASSOMPTION DU NAIF

Reste à comprendre pourquoi, quand François Morel joue ainsi, tout en finesse, le plus souvent, Catherine Hiégel donne à tout ce qui l’environne, ou presque, le ton de la grosse farce.

Une farce développée avec autant de moyens que de talent. La production n’a pas lésiné sur le budget et le résultat est à la mesure des dépenses effectuées : les costumes sont somptueux, les camaïeux superbes; les ballets, en particulier celui des hommes-singes, sont virevoltants; la musique est digne de l’Opéra de Paris.

Quant aux décors, on se croirait aux « FOLIES BERGERES », de la grande époque. Avec un final en apothéose : François Morel suspendu dans les airs. C’est l’assomption du naïf. A ce moment-là, Morel se défoule enfin, se mettant à pédaler allègrement dans le vide, au grand bonheur du public. Qui, lorsqu’il redescend sur les planches, pour saluer, lui fait un triomphe.

LE TEXTE ? QUEL TEXTE ?

Résultat : dans la version Hiégel, quelle que soit la qualité du jeu de François Morel, le texte prend beaucoup moins d’importance que dans la version Maréchal.

Comme disait Rochefort des résultats d’un plébiscite : »le suffrage périt sous l’acclamation ». Ici, le texte « périt » sous la farce. Je prendrais un seul exemple : j’ai dit à quel point j’étais reconnaissant à Marcel Maréchal d’avoir si bien su mettre en valeur les deux personnages de femme, Madame Jourdain et la servante, Nicole, qui représentent deux des femmes les plus sympathiquement réalistes et intelligentes de tout le théâtre de Molière.

Dans cette version, on retient surtout l’image de deux femmes quasi-hystériques…

CECI ETANT...

Ces réserves émises, je ne vous déconseillerai pas, pour autant, d’aller au THEATRE de la PORTE SAINT MARTIN. Car c’est un très bon prototype de grand spectacle. Si vous avez de jeunes enfants ou petits enfants, amenez-les. C’est plus drôle que guignol.

Et François Morel vaut le déplacement.

Mais pour goûter pleinement la version Hiégel, sans doute vaut-il mieux la voir avant la version Maréchal. Et garder l’intériorité pour la fin.

« DOUBLE JE »

Question interprétation, et comme nous rentrons en période électorale : voter Maréchal ou voter Morel ?

Personnellement,et comme ce « double je » fait un heureux, le public, je voterai pour les deux. C’est un luxe qu’on peut se permettre au théâtre…

JACQUES PAUGAM

- Retrouver les émissions de Jacques Paugam sur Canal Académie.

REFERENCES

« Le Bourgeois gentilhomme », de Molière.

Mise en scène de Catherine Hiégel.

Avec François Morel.

Théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris.

Réservations : 0142080032

 

« Le Bourgeois gentilhomme ».

Mise en scène de Marcel Maréchal.

Avec Marcel Maréchal.

Théâtre 14, à Paris.

Réservations : 0145454977

ATTENTION : jusqu’au 25 février seulement.

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SPECTACLES-DETENTE

« SEULS EN SCENE »

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(Cette rubrique est réalisée, sous mon autorité, par deux jeunes, de moins de vingt cinq ans : GABRIEL LECARPENTIER-PAUGAM et STANISLAS NORDIN)

DECOUVERTE : CONSTANCE

« Les femmes au foyer se cachent pour mourir »

MENTION : TTB

PARCOURS :

Sourire malicieux et ensorceleur, cette jeune humoriste, figure incontournable d’ »On ne demande qu’à en rire », a déjà sillonné la France avec « Je suis une princesse, bordel ».

POINTS FORTS :

La variété des femmes représentées et la facilité de Constance à changer de peau nous feraient presque aimer la schizophrénie. L’enchaînement des personnages est excellent. Constance rayonne, grâce à son humour noir et son cynisme.

POINTS FAIBLES :

Dans ce spectacle, aucun…

MOMENT FORT :

Nous invitant à un cours de musique, Constance fait rallumer la salle et choisit un »cancre », à qui elle demande de l’accompagner sur scène. Toute « la classe » entame alors son absurde chanson du goéland. La « maîtresse » s’avère très convaincante !

FORMULE :

Une mère de famille, surmenée et à bout de nerfs, déclare à son amie dépressive : « Tu as envie de te suicider ? Tu as la chance de pouvoir faire des projets d’avenir ! »

RECOMMANDATION :

Mention : TTB

La salle, comble et hilare, rappelle cinq fois Constance. Cette princesse du rire a de bonnes chances de devenir la prochaine reine de l’humour.

COORDONNEES :

La Comédie de Paris

49 rue Pierre Fontaine 75009

21H30 du mardi au samedi.

Jusqu’au 28 avril

GLP et SN

DECOUVERTE : WALTER

« Bête et méchant »

MENTION : TB

PARCOURS :

Ce belge, d’origine, mais parisien, d’adoption, est venu au comique presque par hasard, après une formation au cours Florent. Il a déjà séduit des professionnels de l’audiovisuel, comme Michel Drucker et Stéphane Bern.

POINTS FORTS :

Il maîtrise tous les types d’humour : comique de répétition, sous-entendus, humour noir etc…

Un phrasé précis et une gestion sans failles de la scène lui donnent une grande présence. Son cynisme jubilatoire nous porte tout au long du spectacle.

POINTS FAIBLES :

On regrettera quelques rares passages, qui tombent dans la vulgarité.

MOMENT FORT :

Walter nous confesse son énervement lorsque l’on se moque, comme le faisait Coluche, des belges. Il retourne alors ces attaques, à sa façon. On s’esclaffe devant un ton si novateur.

FORMULE :

« Le whisky-coca, c’est la boisson des indécis, qui ne savent pas choisir entre la cirrhose et le diabète »…

RECOMMANDATION :

Mention : TB

Personne n’est épargné au cours de ce spectacle hilarant.

La salle est comblée !

COORDONNEES :

Le Point Virgule

7 rue Ste Croix de la Bretonnerie, Paris 4°

Du mercredi au samedi, à 20H.

Jusqu’au 24 mars.

RAPPEL

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MENTION TB :

- Shirley Souagnon (cf. chronique 7)

MENTION B :

- Alexis Macquart (cf. chronique 6)

- Chris Esquerre (cf. chronique 6)

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VOS COMMENTAIRES

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A propos de la CHRONIQUE (7), sur « LA PROMESSE DE L’AUBE », de Romain Gary, adaptation et mise en scène de Bruno Abraham-Kremer et Corinne Juresco, avec B. Abraham-Kremer, au Théâtre du petit Saint Martin, à Paris, voici, en particulier, le commentaire de madame VERONIQUE GUIONIN :

« Permettez-moi ces confidences intimes. Il est vingt deux heures et je prends ces notes dans le métro qui me ramène du théâtre du Petit Saint Martin. Je flotte encore dans la salle obscure, éclairée par l’impressionnante présence vibrante et pudique que Bruno Abraham-Kremer donne aux mots de Gary.

Sur scène, une seule présence et deux voix : celle à l’accent russe ou polonais, d’elle, la mère, icône forte et attachante, habitée d’audaces et de rêves immenses. L’autre voix, celle de l’écrivain, puissante et nostalgique, appartient au fils adoré, porté vers la gloire et sa dimension d’homme. Amour essentiel, jamais éteint ni remplacé…

Sur mes genoux, dans mon sac, acheté à Noël et offert à un de mes « grands » fils, « la Promesse de l’aube ». J’ai pris au vol le livre dans sa chambre avant de partir au théâtre. Il ne le sait pas, tout comme je ne savais pas, avant une invitation de dernière minute, que j’irais voir la pièce. Le hasard et l’amitié m’ont fait ce soir un beau cadeau.

J’ouvre le volume. Il commence par une dédicace : « A lire absolument. Avec toute la tendresse de ta maman ».

JP : merci de nous faire partager cette analyse, si pertinente; et votre émotion.

*

N’hésitez pas à m’adresser vos commentaires, même très courts, sur toutes les chroniques présentées depuis la création de cette rubrique.

Voici mon adresse e-mail personnelle : jpvsh@hotmail.fr

Je compte sur votre participation.

A la semaine prochaine.

JP

 

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