« LE ROI SE MEURT », d’Eugène Ionesco // « TARTUFFE », de Molière. La chronique théâtre (24) de Jacques Paugam

Le théâtre relève d’une alchimie complexe, quasi religieuse. Même un grand texte n’y règne pas en maître, il est à la merci de la mise en scène, de l’interprétation etc… Il peut être sublimé, mais aussi dévalué, de manière parfois sévère.

BIENHEUREUSE CONFIRMATION

« LE ROI SE MEURT », d’Eugène Ionesco, dans une mise en scène de Georges Werler, avec Michel Bouquet et Juliette Carré, avait fait l’objet, en 2010, d’une première série de représentations, à la Comédie des Champs Elysées. Je vous suggère, si vous avez le temps, d’écouter l’entretien que j’avais réalisé à ce propos, avec Michel Bouquet, sur la radio de CANAL ACADEMIE : une leçon de théâtre et de vie.

Ce spectacle vient d’être repris au Théâtre des Nouveautés. C’est un événement :parce qu’il s’agit d’un texte admirable. Servi par deux grands acteurs; il ne faut pas oublier, en effet, aux côtés de Michel Bouquet, sa femme, Juliette Carré, exceptionnelle d’autorité. Mais aussi parce que cette reprise tient un peu du miracle : Michel Bouquet, qui est tout sauf un cabotin, avait en effet annoncé, à la suite d’ennuis de santé, qu’on ne le reverrait plus sur scène.

ASSOMPTION

Jamais, je dis bien jamais, je n’ai vu un spectacle qui donne une perception aussi intime de ce que peut être la mort, de ce qu’elle représente dans un chemin de vie, assumé les yeux ouverts ou non. Michel Bouquet, c’est l’assomption d’Ionesco, au sens chrétien du terme. Inoubliable.

Si vous n’avez que trois spectacles à voir dans l’année, « LE ROI SE MEURT » devrait, à mon sens, en faire partie.

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MECANIQUE

Changement de registre avec le « TARTUFFE » proposé au Théâtre de Paris, dans une « non-mise en scène » de Marion Bierry. Avec Claude Brasseur dans le rôle d’Orgon, et Patrick Chesnais dans celui de Tartuffe.

C’est du théâtre mécanique. Une diction qui ramène les grands classiques au niveau d’un exercice d’orthophoniste nous imposant des « ma-lé-dic-si-ons », ou tout comme, à la pelle. Cà tourne parfois à la psalmodie, parfois au rap. Au détriment du texte, évidemment.

ENNUI QUAND TU NOUS TIENS…

C’est mécanique, mais c’est aussi anémié. Marion Bierry dirige Claude Brasseur comme Danièle Thomson a pu le diriger, avec cette intimité fulgurante, dans « FAUTEUIL D’ORCHESTRE ». Mais, c’était au cinéma…

Quant à Patrick Chesnais, Tartuffe peu motivé, plus spectateur fatigué de lui-même qu’acteur, on dirait qu’il est las d’avoir à tricher de la sorte; à moins qu’il soit convaincu, et ce serait un comble, que tout désormais doit lui tomber du ciel.

Tout cela manque de fougue, d’élan et donne une impression d’artifice.

CIEL, UNE RESCAPÉE…

Seule, Chantal Neuwirth tire son épingle du jeu, dans le rôle de Dorine, la servante, si prompte d’intelligence terrienne, dévouée mais impertinente par nécessité, comme le sont si souvent les serviteurs dans le théâtre de Molière.

LE COUAC, DONC

Voilà, malheureusement, le couac le plus inattendu de cette rentrée, quel que soit le talent intrinsèque des uns et des autres. Ils nous doivent presque tous une revanche. Aussi bien Claude Brasseur et Patrick Chesnais que Marion Bierry, qui nous avait offert il y a trois ans un admirable « VINGT-QUATRE HEURES DANS LA VIE D’UNE FEMME », avec Catherine Rich.

Mais que la Production se rassure. Bien des gens viendront, ne serait-ce que pour découvrir, en chair et en os, le duo Brasseur-Chesnais, combinaison à priori astucieuse…

JACQUES PAUGAM

REFERENCES :

– « LE ROI SE MEURT », d’Eugène Ionesco.

Mise en scène de Georges Werler.

Avec Michel Bouquet, Juliette Carré.

Théâtre des Nouveautés.

Réservations : 0147705276

– « TARTUFFE », de Molière.

Mise en scène de Marion Bierry.

Avec Claude Brasseur et Patrick Chesnais.

Théâtre de Paris.

Réservations : 0148742537

PS : le théâtre, c’est la vie…

Les émissions de Jacques Paugam sur Canal Académie

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