« QUE FAIRE DE MR SLOANE ? », de Joe Orton // « LES MENTEURS », de Anthony Neilson // « aPHONE », de Jérémy Manesse. La chronique théâtre (30) de Jacques Paugam

A l’aube de la période des fêtes, trois pièces pour rire, qui jouent chacune leur propre carte : la 1°, la carte de la provocation; la 2°, celle de l’absurde; la 3°, celle de la franche rigolade. Si vous acceptez de jouer le jeu…

« QUE FAIRE DE MR SLOANE ? » :

TONIQUEMENT MALSAIN

Banlieue de Londres, dans les années 60 : qu’est-ce qui se passe lorsqu’un jeune assassin, beau garçon, loue une chambre dans une maison plantée au milieu d’une décharge et qu’il y rencontre une femme paumée et nymphomane; son frère, grande folle argentée; et leur père, vieillard épris d’ordre, qui reconnaît dans le beau gosse l’assassin de son patron ?

Ajoutez à cela un auteur tout jeune, à la marge, provocateur, et bourré de talent ; capable de créer un univers et une atmosphère bien à lui, en ayant un sens étonnant de l’invention verbale.

C’est parti pour deux heures de variations déjantées, amorales, parfois malsaines, mais souvent drôlissimes, sur « ôte-toi de là que je m’y mette » et « plus cynique et plus égocentrique que moi, tu meurs ».

QUELS ACTEURS !

Charlotte de Turkheim se donne un mal de chien pour faire, fort justement, n’importe quoi, à corps perdu, c’est le cas de le dire…Mais elle sait admirablement être, à l’occasion, pathétique, dans son rôle de torturée ridicule.

Quant à Michel Fau, qui joue le personnage de la grande folle, il est tout simplement fantastique. Il fait là un très grand numéro d’acteur. Quant on sait qu’il assure également la mise en scène, cette production lui doit beaucoup.

LAISSEZ-VOUS SECOUER

Vous allez rire. Mais aussi, peut-être grincer des dents. Mais çà vaut le coup, car ce ne sera pas l’effet de provocations gratuites mais d’un talent d’auteur, vraiment iconoclaste dans une période trop souvent anémiée culturellement.

Une bouffée d’air, même s’il n’est toujours très pur…Et vous n’oublierez pas l’image finale, d’une poésie noire, bouleversante.

 

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« LES MENTEURS » :

GENTIMENT ABSURDE

Deux policiers anglais, chargés d’annoncer, le soir de Noël, à un couple de retraités, que leur fille vient d’avoir un accident de voiture, ont beaucoup, beaucoup de mal à sauter le pas.

Les quiproquos les plus délirants s’emboîtent comme des poupées russes, Anthony Neilson jouant à fond la carte d’un absurde familier : situations, gestes, paroles.

RENVERSEMENT COPERNICIEN 

Comme d’habitude, la mise en scène de l »Empereur » du genre, Jean-Luc Moreau, exclut toute prise de tête mais joue, au contraire, la carte d’une complicité permanente avec un public ravi d’être invité à une telle « fête » dans un contexte destiné à être funèbre.

Et puis, il y a ici aussi le jeu des acteurs, en particulier Régis Laspalès, étonnant dans son rôle d’ahuri permanent, sorte de Francis Blanche mâtiné de Louis Jouvet, l’empathie en plus.

PARI FACILE

Seule petite réserve : çà démarre lentement. Mais çà ne tarde pas à s’emballer. Et si vous voulez bien laisser s’amuser l’enfant qui est en vous, je parie que vous passerez un bon moment, et peut-être même un très bon moment.

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 « aPHONE » :

DELIBEREMENT RIGOLARD

Un génie des nouvelles technologies invente un « aPHONE » qui a la particularité de téléphoner à la place de son utilisateur, en se branchant directement sur son cerveau.

Invention en réalité diabolique, car le milliardaire-tête d’oeuf machiavélique a l’intention de s’en servir pour propager un virus qui, en cascade, mettra en cause les fondements de notre société. Rien de moins que cela…

UN CERTAIN ESPRIT PARISIEN

On atteint,ici, les sommets de l’esprit « CAFE DE LA GARE », qu’il m’est arrivé de caractériser comme « le temple emblématique d’une gaudriole nourrie de culture et d’auto-dérision ».

Dans cette pièce, tout est potache. C’est du Labiche au deuxième ou troisième degré. Un esprit parisien, d’un humour plus carabin que populaire. Et comme en salle de garde, on a le droit à deux ou trois accès fiévreux de vulgarité complice.

RIRE AVEC N’IMPORTE QUOI

La tribu Manesse-Jérémy, auteur; Philippe, interprète- joue sur tout pour s’amuser : les mots, l’actualité, les situations, les costumes etc…Le public, aussi, exceptionnellement fidèle. Atout essentiel qui fait monter la mayonnaise du rire, dès qu’il comprend-et, en l’occurrence, très vite- qu’il a affaire à un bon opus maison.

Allez-y pour rire d’un rire simple, d’un rire sain qu’on aurait tort de prendre pour facile.

JACQUES PAUGAM

REFERENCES :

-« QUE FAIRE DE MR SLOANE ?« , de Joe Orton.

Mise en scène de Michel Fau.

Comédie des Champs Elysées.

Réservations : 0153239919

-« LES MENTEURS« , de Anthony Neilson.

Mise en scène de Jean-Luc Moreau.

Théâtre de la Porte Saint Martin.

Réservations : 0142080032

-« aPHONE », de Jérémy Manesse.

Café de la Gare

Réservations : 0142785251

PS : le théâtre, c’est la vie…

JP

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