« UN DROLE DE PERE », de Bernard Slade // « LE SCOOP », de Marc Fayet. La chronique théâtre (25) de Jacques Paugam

Si vous voulez passer une excellente soirée, sans prise de tête, je vous recommande vivement ces deux spectacles.

 

TAMBOUR BATTANT

On a très peur pendant les deux ou trois premières minutes d’ « UN DROLE DE PERE ». On se dit : dans quoi Michel Leeb s’est-il laissé embarquer ? Mais patience, deux ou trois minutes, ce n’est pas long et il y a tout le reste, qui passe presque trop vite :

Prenez un père, vedette de télévision, qui a fait de la légèreté et de l’humour un art de vivre, dangereusement.

Un fils, très fort en thème, qui n’a jamais accepté que la drôlerie de son père lui vole toujours la vedette.

Placez-les, tous les deux, dans des circonstances exceptionnelles. En clair, le père découvre qu’il souffre d’un mal qui semble ne lui laisser le choix « qu’entre inhumation et crémation »(sic). Il tient donc à passer trois mois de vacances avec son fils, pour tenter de rattraper le temps perdu.

Et vous obtenez un excellent antidépresseur…

ATOUTS MAITRES

C’est drôle, très fin, sensible, émouvant. Très intelligemment « francisé » par l’adaptateur, Gérald Sibleyras. Et mis en scène comme il conduirait une Ferrari, par le Premier Consul du genre, Jean-Luc Moreau.

Quant à Michel Leeb, dans le rôle du père, il confirme là qu’il est, sans doute, le meilleur acteur du genre – supérieur même, à mon avis, à Pierre Arditi- : par sa présence, son abattage; sa capacité à jouer sur tous les registres; à créer en quelques secondes une émotion intense. Grâce également à son charme, opportunément assorti d’un constant recul par rapport à lui-même.

Le reste est à l’avenant : distribution, décor etc…

LE RESULTAT ?

C’est tout simple : « UN DROLE DE PERE » est, à mon avis, la meilleure pièce de boulevard de ces dernières années. Très exactement, mais évidemment en disant cela je n’engage que moi, depuis sept ans, depuis « STATIONNEMENT ALTERNÉ », de Ray Cooney. C’est pas peu dire…

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Avec « LE SCOOP », on monte de deux ou trois tons, en gravité, même si on sourit souvent.

CE N’EST PAS L’ESSENTIEL, MAIS…

« LE SCOOP » n’est pas la n° pièce à thèse, plus ou moins simpliste (« tous pourris » etc…) sur le journalisme. Non, avec Marc Fayet, on est vraiment au théâtre, pas à l’université. L’évolution du monde médiatique et, en particulier, les mutations profondes engendrées par l’intrusion fracassante et déstabilisante d’internet dans l’univers de l’information, ne sont utilisées là que pour mieux sonder les reins et les coeurs.

Ceci étant, l’hypertrophie de l’immédiateté avec toutes les tentations que cela implique sur le plan de la déontologie, la soif qu’elle exacerbe de réussite et de notoriété à n’importe quel prix, sont très intelligemment exprimées. Avec au passage quelques formules-choc. Celle-ci par exemple : « Mieux vaut être le premier à se tromper que le deuxième à dire la vérité ».

 

LE PETIT PRINCE

Mais l’essentiel est ailleurs : dans ce monde qui joue avec le destin, non seulement de ceux dont il parle mais aussi de ceux qui mettent tout cela en scène, ou rien ou presque n’est gratuit, « LE SCOOP » met en avant un jeune homme qui aurait pu être écrasé par toutes ces dérives, avec lesquelles il flirte, très dangereusement. Ce qui donne à cette pièce une autre dimension, c’est le mystère du sursaut. Tout à coup, survient un événement tellement inattendu qu’il provoque une totale remise en cause et réveille chez ce jeune journaliste l’appétit du respect des autres, enfin. Comme une exigence radicale. A croire que même dans cet univers, il y a place pour Kant et son impératif catégorique. Tout ne serait pas perdu…

HOMOGENEITE

Le texte est précis, sobre, efficace. C’est simple, fluide, avec une logique de poupées russes. Les scènes sont courtes, agencées sans fioritures. La distribution est excellente : Guillaume Durieux; Frédérique Tirmont : quelle diction ! A la fois simple et totalement maîtrisée; Philippe Magnan, toujours aussi à l’aise dans le troisième degré : c’est vraiment un grand acteur. Frédérique Van Den Driessche est bon, mais il en fait sans doute un peu trop.

RETENEZ CE NOM : MARC FAYET

Une carrière déjà solide d’acteur, d’auteur, de metteur en scène –  dans « LE SCOOP », il est à la fois auteur et metteur en scène- : dans l’univers du théâtre français d’aujourd’hui, Marc Fayet s’impose désormais comme quelqu’un qui compte, vraiment.

Je gage que ceci ne mettra pas en cause sa modestie exemplaire.

JACQUES PAUGAM

REFERENCES :

 – « UN DROLE DE PERE« , de Bernard Slade.

   Adaptation de Gérald Sibleyras.

   Mise en scène de Jean-Luc Moreau.

   Avec, entre autres, Michel Leeb.

   Théâtre Montparnasse.

   Réservations : 0143227774

-« LE SCOOP« , de Marc Fayet.

  Mis en scène par Marc Fayet.

  Avec, entre autres, Philippe Magnan.

  Théâtre Tristan Bernard

  Réservations : 0145220840

PS : le théâtre, c’est la vie…

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