« VOLPONE », de Ben Jonson. La chronique théâtre (22) de Jacques Paugam

Nicolas Briançon, ce serviteur à la fois fidèle et créatif des grands classiques du répertoire théâtral français et anglais, a eu la bonne idée d’adapter -avec la complicité de Pierre-Alain Leleu-, « VOLPONE », le chef d’oeuvre de Ben Jonson, le grand rival élizabéthain de Shakespeare.

Bonne idée, en effet, car Briançon, comme Ben Jonson, a toujours eu comme préoccupation de restituer la vie dans ses intonations les plus simples et les plus vraies; et dans une langue intelligemment familière.

PARI-PANACHE

Le résultat est d’autant plus remarquable que, dans la mémoire du théâtre français, il y a « UNE » adaptation de « VOLPONE », celle de Jules Romains et Stefan Sweig, mise en scène en 1928 par Charles Dullin. La référence vaut exigence.

La réussite est totale. Cette intrigue dévorée par l’argent est d’une actualité avide. C’est amusant, parfois bouffon, intelligent, profond, cynique. Volpone : « La conscience, vertu des pauvres » ;  » Mon argent, il est à moi, je l’ai volé » etc…

DEUX GRANDS ACTEURS

Roland Bertin, dans le rôle de Volpone-le maître- et Nicolas Briançon, dans celui de Mosca-le serviteur-, sont tout simplement formidables.

Il y a dans l’interprétation de Bertin une densité, une humeur, une humanité qui, dans sa complexité pétrie de mal et de bien, et dans sa vulnérabilité finale si pudiquement exprimée, aurait sans doute enchanté Dullin.

Quant à Briançon, en serviteur plus intelligent et plus manipulateur encore que son maître, il est impérial d’aisance, de maturité, de recul. Il glisse sur les méandres de l’intrigue avec une élégance de lord victorien. Qui, dans le théâtre français, peut « dire » un grand texte d’une manière à la fois aussi fluide, aussi simple et aussi naturelle ? Je ne vois pas.

LE RIRE, LE TRAGIQUE ET LA GRACE

Il y a certes quelques longueurs; dans la séquence du procès, en particulier.

Mais allez-y. Vous passerez une excellente soirée, drôle, souvent joyeuse de tant d’intelligence; une soirée soudain happée par la gravité, lorsque les destins de Volpone et de Mosca basculent, dans toute la grâce de la sublimation théâtrale.

Attention, dépêchez-vous; le spectacle s’arrête le 30 septembre.

REFERENCES :

« VOLPONE ou le renard », de Ben Jonson.

Adaptation de Nicolas Briançon et Pierre-Alain Leleu.

Mise en scène de Nicolas Briançon.

Théâtre de la Madeleine

19 rue de Surène

Paris 8°

Réservations : 0142650709

PS : Le théâtre, c’est la vie…

JACQUES PAUGAM

Le site web du Théatre de la Madeleine

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