Académie française

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Photographie de Michel Serres par Louis Monier

Histoires littéraires : Vous êtes devenu un académicien français assez atypique. Comment vivez-vous ce statut d’académicien ?

Je suis entré à l’Académie pour une raison toute simple. Je n’arrivais pas à trouver de crédit ou d’argent pour poursuivre mon projet de publier mon Corpus des oeuvres de philosophie en langue française. La première fois que l’on m’a proposé de rentrer à l’Académie, j’ai d’abord refusé, puis je me suis rendu compte que c’était un moyen de trouver des subsides. Pendant quinze ans, cela a fonctionné. […] C’est une position pour juger l’état de la langue. Mais ce n’est rien de plus : je me retrouve souvent en opposition avec mes collègues, sur la féminisation entre autres. Read the rest of this entry »

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Portrait de Jean-Marie Rouart par Louis Monier

Histoires littéraires : Vous avez dirigé le supplément littéraire du Figaro jusqu’en 2003. A présent, votre retrait du Figaro vous donne sans doute quelque recul pour juger la critique littéraire contemporaine.

Oui, je crois en l’histoire littéraire. Je ne crois pas à la critique littéraire dans ce sens que je considère que c’est un jeu, un jeu que j’ai fait tout à fait sérieusement. C’est la position de Gracq, qui n’a jamais participé à la critique littéraire et qui disait : quelle sottise que la critique littéraire, « expert en objets animés »! Et au nom de quoi ? Tout le monde s’est trompé, et j’avais moi-même la certitude que… Read the rest of this entry »

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Sont exposées à la galerie Defacto quarante six photographies réalisées par Claude Levi-Strauss au Brésil. L’exposition « Mondes perdus »  nous fait revivre les deux expéditions de l’ethnologue menées en 1935 et 1938 dans les Etats du Parana et du Mato-Grosso, et conservées au musée du Quai Branly à Paris. Le père de l’anthropologie structuraliste y observe la disparition progressive des mondes indigènes sous l’effet de l’acculturation et de l’urbanisation. Read the rest of this entry »

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Le livre Le peuple et l’idée de norme publié aux éditions Panthéon-Assas a été dirigé par l’académicien Pierre Mazeaud et Catherine Puigelier. Nous vous proposons ci-dessous la lecture de la Postace, par Jean-Denis Bredin, membre de l’Académie française et Professeur émérite de l’Université Panthéon-Sorbonne (Paris I). Read the rest of this entry »

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Je ne sais pas ce que c’est que l’âme, mais je sais que j’en ai une.
Voilà tout, d’un mot.
Au début du film de Jean-Luc Godard, Vivre sa vie, on entend
une voix d’enfant qui dit : « Une poule est composée d’un
intérieur et d’un extérieur. Si on enlève l’extérieur, il reste
l’intérieur, et quand on enlève l’intérieur, on voit l’âme. »
C’est une définition qui me convient pour définir ce qu’est
l’âme. Elle est cet intérieur de l’intérieur que dit la voix de
l’enfant. Plus loin et plus profond que toutes les manifestations
de l’esprit, de la pensée, du sentiment. Est-ce une puissance ?
Une énergie ? Un souffle ? Tout cela, oui. La vie même. Read the rest of this entry »

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FONDATION ÉDOUARD BONNEFOUS

Cérémonie de remise des prix 2011

Lundi 5 décembre 2011 – 17 h 30

Grande Salle des Séances

Intervention de M. Gabriel de Broglie, Chancelier de l’Institut,

Président de la Fondation Édouard Bonnefous

 

 

Monsieur le Président de l’Institut,

Monsieur le Secrétaire perpétuel (Xavier Darcos),

Chers confrères,

Mesdames, Messieurs,

Cette cérémonie à laquelle je me réjouis de vous voir si nombreux ce soir est devenue, en très peu d’années, traditionnelle dans la vie de l’Institut de France. Cela tombe bien : l’Institut aime la tradition. Non pas que notre institution soit traditionnaliste, mais plutôt qu’elle puise dans ses habitudes la stabilité qui fait sa force. Depuis deux cent seize ans nous sommes ici, amarrés aux quais de Seine, d’abord au Louvre, puis depuis 1805 dans cet ancien collège, construit sur les vœux du cardinal Mazarin et sur les plans de Louis Le Vau en 1688, et qui sous le nom de « Collège des Quatre-Nations » forma des générations d’écoliers issus des nations nouvellement conquises par Louis XIV. Peu d’institutions ont traversé tous les régimes sans être atteintes de quelque manière dans leur architecture ou dans leurs missions. Que ce soit par accident ou par évolution, il est rare que la volonté fondatrice soit demeurée intacte. L’Institut de France, né de la Convention, n’a pas pris une ride et ce sont proprement ses usages qui lui offrent chaque jour de toujours mieux vivre avec son temps. Cette cérémonie de remise des Prix de la Fondation Édouard Bonnefous est de ces habitudes qui n’ont rien de la routine ou de la manie.

Chaque année, elle nous permet de rendre hommage à un humaniste et un homme d’État, qui fut Chancelier de l’Institut de France, de 1978 à 1994. Disparu en 2007 dans sa centième année, il a voulu sceller le lien qu’il avait tissé avec les murs qui nous entourent, en créant une fondation qui porte aujourd’hui son nom. Homme politique à la carrière longue et visionnaire, élu à l’Académie des Sciences morales et politiques en 1958, il a marqué son époque autant que cette maison, et je suis certain que de là où il est, il nous regarde ce soir avec une grande joie. Ne l’oublions pas.

 

1/ Rappel des missions de la Fondation

La Fondation Édouard Bonnefous poursuit l’œuvre de son fondateur. Elle attribue notamment, chaque année, dans des domaines aussi variés que la politique de l’humain, la défense de la nature, l’histoire politique et parlementaire ou encore la défense de l’enfance martyrisée, un Grand prix d’un montant de 40 000 euros, sur proposition d’un jury de l’Institut, présidé cette année par mon confrère Jean Mesnard, et trois prix de 33 000 euros sur proposition de trois sections de l’Académie des Sciences morales et politiques.

Le Grand Prix est alloué à une personne ou à une organisation dont l’œuvre correspond aux thèmes qui ont guidé la vie et l’œuvre d’Édouard Bonnefous. Les prix sur proposition des sections de l’Académie des Sciences morales et politiques récompensent une personne ou une organisation dont l’œuvre s’inscrit dans le champ intellectuel de ces différentes sections, en privilégiant là encore les thèmes chers au fondateur.

2/ Grand prix

Au cours des trois dernières années, le Grand prix fut successivement décerné à Pierre Morel, pour sa contribution essentielle dans tous les domaines de la recherche météorologique, à la section française de la Ligue européenne de Coopération économique, présidée par Philippe Jurgensen puis à l’Association l’Enfant bleu-Enfance maltraitée, afin de récompenser ses actions pour lutter contre les maltraitances infligées aux enfants.

En 2011, le choix du jury s’est porté sur une association, Terre de liens, qui se donne pour but de préserver des terres agricoles au bénéfice d’une agriculture de proximité, respectueuse de l’environnement.

Les actions de cet organisme ne sont pas sans rappeler le combat opiniâtre mené par Edouard Bonnefous pour lutter contre les effets dévastateurs de l’urbanisation désordonnée, en particulier durant sa longue présidence de l’Agence des Espaces verts en Île-de-France, de 1976 à 1992.

3/ Trois prix sur proposition de l’Académie des Sciences morales et politiques

S’agissant maintenant des trois prix décernés sur proposition de l’Académie des Sciences morales et politiques, ils ont été présentés cette année par les sections : « Morale & Sociologie », « Économie politique, Statistique & Finances », et « Histoire & Géographie » – et ont récompensé respectivement M. Philippe Descola pour l’ensemble de son oeuvre, M. Michel Godet notamment pour son dernier ouvrage Bonnes nouvelles des conspirateurs du futur paru cette année chez Odile Jacob, et Monsieur Jean-Marie Mayeur, également pour l’ensemble de son oeuvre.

4/ Prix Edouard Bonnefous, de l’Académie des Sciences morales et politiques

La remise de ces quatre importantes distinctions décernées par la Fondation sera suivie, ce soir, par celle du prix qu’Édouard Bonnefous choisit de créer, en 1997, au sein de son académie, pour récompenser alternativement une œuvre ayant contribué à alléger le poids

de l’État sur les citoyens et une autre consacrée à la défense de l’homme et de son environnement.

Cette année, le prix Edouard Bonnefous a été attribué à l’association Mountain Wilderness France, organisation qui défend une approche globale dans laquelle la préservation du milieu naturel, l’équité sociale et l’amélioration de l’économie constituent le même défi.

5/ Valorisation des archives

 

Le travail de mise en valeur des archives personnelles du fondateur représente, lui aussi, une des missions de la Fondation Édouard Bonnefous.

Sandrine Arnold Folpini, membre du Conseil d’administration, poursuit depuis quelques années l’exploration des fonds consacrés à l’œuvre européenne du fondateur. Elle a remis récemment un rapport détaillé, relatif à sa présidence de la section française de la Ligue européenne de Coopération économique, entre 1959 et 1976.

Cette étude complète celles qu’elle avait précédemment consacrées à la carrière parlementaire du député puis du sénateur français, au représentant de l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe (1949-1959) et au défenseur de la Communauté atlantique.

Elle n’en fait pas seulement l’inventaire. Elle en tire la substance. Il s’agit d’une source importante, qui est biographique, bien entendu, mais aussi historique, de l’histoire politique et parlementaire mais aussi économique et sociale.

Consultable à la Bibliothèque de l’Institut, cette importante documentation pourra être utile à la préparation du premier colloque organisé par la Fondation.

Programmé les 15 et 16 novembre 2012, il sera consacré à « l’Europe de la défense » et présidé par Thierry de Montbrial et Georges-Henri Soutou, tous deux membres de l’Académie des Sciences morales et politiques. D’autres projets de recherches feront l’objet d’une réflexion ultérieure, afin de poursuivre l’œuvre du fondateur et rendre hommage à ce témoin privilégié de l’histoire du XXème siècle, remarquable précurseur dans l’approche des grands débats de notre temps.

6/ Conclusion de l’ouverture

Voilà donc ouverte cette cérémonie de remise des Prix de la Fondation Édouard Bonnefous. Elle est l’occasion de rappeler le souvenir de son fondateur, qui reste présent parmi nous, d’honorer sa mémoire, et de rejoindre ses inspirations profondes à travers les organisations et les personnalités que les jurys ont distinguées et qui sont aujourd’hui nos lauréats.

 

Les prix ont été attribués à :

 

–         Sjoerd Wartena, président de Terre de Liens

–         Philippe Descola

–         Michel Godet

–         Jean-Marie Mayeur

–         Michel Fourcade

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« Bonne année, la France !  » : Sous ce titre, la Documentation française présente un bel ouvrage illustré de photos qui regroupe les voeux des six présidents de la Vè République, de 1958 à 2010 : Charles De Gaulle, Georges Pompidou, Valery Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

C’est une excellente idée ! J’avoue avoir pris plaisir à relire ces discours du Nouvel an, qui ne sont pas si convenus que l’on pourrait le craindre et qui répondent à une forme particulière du discours politique. Comme le souligne Xavier Patier, directeur de la DILA (Direction de l’Information légale et administrative) et par ailleurs, correspondant de l’Académie des beaux-arts, dans son introduction : « Les voeux présidentiels sont le contraire de l’anecdote ».Ils sont structurés : même entame « Françaises, Français ! », ou bien, « mes chers compatriotes », et même envoi « Vive la République, vive la France! « .

Valéry Giscard d'Estaing élu en 2003 à l'Académie française

Seul, peut-être, Valery Giscard d’Estaing, élu depuis à l’Académie française, a pris quelque liberté avec la liturgie instaurée par le Général en 1958, lorsqu’il a laissé son épouse prendre la parole… (pour les voeux de  1975). Quant au coeur du message, il est constant : bilan de l’année écoulée et mise en perspective de l’année à venir. Car les voeux tiennent aussi lieu de programme politique.

Un seul impératif : être compris de tous… Bel exercice de synthèse ! Et puis, remonter le moral du peuple, lui parler de ce qu’il vit quotidiennement, osciller entre espérance pour l’avenir et compréhension des difficultés du présent. Aucun président n’hésite à évoquer la vie, la maladie, la pauvreté, le chômage, la mort même… Faire passer l’émotion, c’est toujours payant.

La Vème, c’est la République de la télévision : Les discours ont tous été prononcés devant le petit écran faisant entrer le visage du président dans les cuisines et les salons.  Xavier Patier rappelle (certains s’en souviennent) qu’en 1950, la France ne comptait que quelques milliers de téléviseurs, mais déjà en 56, 500.000, et deux ans plus tard, en 58, un million. Ce fut un changement radical. On passait du discours lu dans la presse ou entendu à la radio, à l’image sur écran, exigeant un décor (le Général et Sarkozy, des livres ; Mitterrand et Chirac, le drapeau bleu blanc rouge…), un maquillage, un costume (tous avec cravate, même Giscard !)

– Quel président a prononcé le plus de discours ? Réponse : François Mitterrand 14, devant Jacques Chirac 12.

– Ont-ils tous été prononcés depuis l’Elysée ? Non. Les tout premiers du Général étaient prononcés depuis Matignon ;  Mitterrand en a prononcé un depuis Strasbourg (en 1988, c’est là que Rouget de Lisle a chanté pour la première fois la Marseillaise…). Mais c’est VGE qui a le plus bousculé la tradition :  assis au coin du feu de sa cheminée, aux côtés de son épouse !

– Question stupide en apparence : tous ont-ils été prononcés un 31 décembre ? Surprise : le Général a prononcé celui de 1961, le 29 décembre… (tandis qu’à Berlin s’élevait le Mur)

Emouvant de relire les discours du Général en pleine guerre d’Algérie (le message adressé à la métropole, à l’Algérie, à la Communauté, le 1er janvier 1960). « La voix de la paix est tracée« … Quelle force de conviction il lui fallait pour affirmer cela… Et on se remémore que les « nouveaux francs » ont été mis en circulation ce jour-là… et 365 jours plus tard, le 31 décembre 1960, il prédit « rien n’annonce que l’année se passera dans la quiétude« , l’année 61 ne fut pas sans épreuves en effet…

Simone Veil est reçue sous la Coupole le 18 mars 2010

Académie oblige, j’ai relu aussi ceux du président Valery Giscard d’Estaing. Le premier en 1974 : « l’année de la liberté » dira-t-il, prenant la précaution de prévenir ceux qui le regardent : « Pendant les quelques minutes où je vais vous parler, je ne voudrais ni vous ennuyer, ni vous attrister. » On a dû se sentir soulagé ! 1974 l’année où Simone Veil, elle aussi siégeant désormais à l’Académie française, était ministre de la Santé. Il fait preuve d’un juste sens de la psychologie du peuple, le président, lorsqu’il dit : « Cette année, nous l’avons un peu maltraitée avec ce trait de caractère qui nous conduit à la critique incessante« … Il a même cette formule heureuse : « Ne nous laissons pas accabler par les rhumatismes de l’Histoire !« (1976). Est-ce le sens  de la lucidité à court et à long terme qui lui fait dire : « La crise ? elle nous menace en effet » (1979) et quand il sait, (ce n’est même pas une crainte) que la majorité va changer de camp, il prédit : « l’année 1981 sera encore une année difficile« …

A les relire, on constate que les discours de François Mitterrand reprendront les mêmes thèmes, les mêmes mots : le changement (1981), l’année difficile (1982), la France respectée (1983), l’unité des Français (1984 et 1986 à cause de la cohabitation). On aimerait qu’il ait été entendu dans ses propos de 1987 :  « Rien ne sera possible sans la religion de l’effort, de l’initiative et de la création, sans le concours de la jeunesse : que tout passera par le savoir, la formation, par la recherche, par la culture… « . La « Génération Mitterrand  » sera-t-elle celle de l’effort, avec les 36 heures de travail par semaine ? Emotion néanmoins à relire son ultime discours (1994), alors qu’il se sait condamné : « l’an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses voeux. Là où je serai, je l’écouterai le coeur plein de reconnaissance… je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas… ».

Et de Jacques Chirac, quel discours retenir ? Une image en tous cas, celle de sa joie lors de la Coupe du monde de football le 12 juillet 1998. Il y fait allusion dès les premiers mots de son discours de voeux : « l’année nous laissera des souvenirs forts. La joie sans frontière… ». Et c’est à lui que revient l’honneur du « discours du siècle »  le 31 décembre 1999 : « Le nouveau siècle est à inventer » (l’année se terminait sur les dégâts de la grande tempête). Et cette belle formule dans ses voeux du 31 décembre 2000 : « le progrès n’est rien sans la fraternité« .

L’ouvrage se termine par les 4 discours de Nicolas Sarkozy (2007-2010). Nul ne peut à ce jour dire si celui du 31 décembre 2011 sera ou non le dernier…

Au fond, à relire tous ces discours, on constate que rien ne change : la vie est toujours partagée entre les joies et les difficultés, les crises et les progrès, l’espérance et l’inquiétude… Ce qu’on peut admirer, c’est le talent des présidents à varier leurs discours sur des thèmes identiques et immuables !

Offrez-vous, ou offrez à vos proches, ce voyage dans le temps pour faire ressurgir images et souvenirs… Un demi-siècle d’histoire en 200 pages !

Hélène Renard, directrice générale de Canal Académie

 

Diffusion : La Documentation française, tél. 01.40.15.70.10 www.ladocumentationfrancaise.fr

(Le prix du livre est de 24 euros. On peut commander directement sur le site).

 

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