Valéry Giscard d’Estaing

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« Bonne année, la France !  » : Sous ce titre, la Documentation française présente un bel ouvrage illustré de photos qui regroupe les voeux des six présidents de la Vè République, de 1958 à 2010 : Charles De Gaulle, Georges Pompidou, Valery Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

C’est une excellente idée ! J’avoue avoir pris plaisir à relire ces discours du Nouvel an, qui ne sont pas si convenus que l’on pourrait le craindre et qui répondent à une forme particulière du discours politique. Comme le souligne Xavier Patier, directeur de la DILA (Direction de l’Information légale et administrative) et par ailleurs, correspondant de l’Académie des beaux-arts, dans son introduction : « Les voeux présidentiels sont le contraire de l’anecdote ».Ils sont structurés : même entame « Françaises, Français ! », ou bien, « mes chers compatriotes », et même envoi « Vive la République, vive la France! « .

Valéry Giscard d'Estaing élu en 2003 à l'Académie française

Seul, peut-être, Valery Giscard d’Estaing, élu depuis à l’Académie française, a pris quelque liberté avec la liturgie instaurée par le Général en 1958, lorsqu’il a laissé son épouse prendre la parole… (pour les voeux de  1975). Quant au coeur du message, il est constant : bilan de l’année écoulée et mise en perspective de l’année à venir. Car les voeux tiennent aussi lieu de programme politique.

Un seul impératif : être compris de tous… Bel exercice de synthèse ! Et puis, remonter le moral du peuple, lui parler de ce qu’il vit quotidiennement, osciller entre espérance pour l’avenir et compréhension des difficultés du présent. Aucun président n’hésite à évoquer la vie, la maladie, la pauvreté, le chômage, la mort même… Faire passer l’émotion, c’est toujours payant.

La Vème, c’est la République de la télévision : Les discours ont tous été prononcés devant le petit écran faisant entrer le visage du président dans les cuisines et les salons.  Xavier Patier rappelle (certains s’en souviennent) qu’en 1950, la France ne comptait que quelques milliers de téléviseurs, mais déjà en 56, 500.000, et deux ans plus tard, en 58, un million. Ce fut un changement radical. On passait du discours lu dans la presse ou entendu à la radio, à l’image sur écran, exigeant un décor (le Général et Sarkozy, des livres ; Mitterrand et Chirac, le drapeau bleu blanc rouge…), un maquillage, un costume (tous avec cravate, même Giscard !)

– Quel président a prononcé le plus de discours ? Réponse : François Mitterrand 14, devant Jacques Chirac 12.

– Ont-ils tous été prononcés depuis l’Elysée ? Non. Les tout premiers du Général étaient prononcés depuis Matignon ;  Mitterrand en a prononcé un depuis Strasbourg (en 1988, c’est là que Rouget de Lisle a chanté pour la première fois la Marseillaise…). Mais c’est VGE qui a le plus bousculé la tradition :  assis au coin du feu de sa cheminée, aux côtés de son épouse !

– Question stupide en apparence : tous ont-ils été prononcés un 31 décembre ? Surprise : le Général a prononcé celui de 1961, le 29 décembre… (tandis qu’à Berlin s’élevait le Mur)

Emouvant de relire les discours du Général en pleine guerre d’Algérie (le message adressé à la métropole, à l’Algérie, à la Communauté, le 1er janvier 1960). « La voix de la paix est tracée« … Quelle force de conviction il lui fallait pour affirmer cela… Et on se remémore que les « nouveaux francs » ont été mis en circulation ce jour-là… et 365 jours plus tard, le 31 décembre 1960, il prédit « rien n’annonce que l’année se passera dans la quiétude« , l’année 61 ne fut pas sans épreuves en effet…

Simone Veil est reçue sous la Coupole le 18 mars 2010

Académie oblige, j’ai relu aussi ceux du président Valery Giscard d’Estaing. Le premier en 1974 : « l’année de la liberté » dira-t-il, prenant la précaution de prévenir ceux qui le regardent : « Pendant les quelques minutes où je vais vous parler, je ne voudrais ni vous ennuyer, ni vous attrister. » On a dû se sentir soulagé ! 1974 l’année où Simone Veil, elle aussi siégeant désormais à l’Académie française, était ministre de la Santé. Il fait preuve d’un juste sens de la psychologie du peuple, le président, lorsqu’il dit : « Cette année, nous l’avons un peu maltraitée avec ce trait de caractère qui nous conduit à la critique incessante« … Il a même cette formule heureuse : « Ne nous laissons pas accabler par les rhumatismes de l’Histoire !« (1976). Est-ce le sens  de la lucidité à court et à long terme qui lui fait dire : « La crise ? elle nous menace en effet » (1979) et quand il sait, (ce n’est même pas une crainte) que la majorité va changer de camp, il prédit : « l’année 1981 sera encore une année difficile« …

A les relire, on constate que les discours de François Mitterrand reprendront les mêmes thèmes, les mêmes mots : le changement (1981), l’année difficile (1982), la France respectée (1983), l’unité des Français (1984 et 1986 à cause de la cohabitation). On aimerait qu’il ait été entendu dans ses propos de 1987 :  « Rien ne sera possible sans la religion de l’effort, de l’initiative et de la création, sans le concours de la jeunesse : que tout passera par le savoir, la formation, par la recherche, par la culture… « . La « Génération Mitterrand  » sera-t-elle celle de l’effort, avec les 36 heures de travail par semaine ? Emotion néanmoins à relire son ultime discours (1994), alors qu’il se sait condamné : « l’an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses voeux. Là où je serai, je l’écouterai le coeur plein de reconnaissance… je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas… ».

Et de Jacques Chirac, quel discours retenir ? Une image en tous cas, celle de sa joie lors de la Coupe du monde de football le 12 juillet 1998. Il y fait allusion dès les premiers mots de son discours de voeux : « l’année nous laissera des souvenirs forts. La joie sans frontière… ». Et c’est à lui que revient l’honneur du « discours du siècle »  le 31 décembre 1999 : « Le nouveau siècle est à inventer » (l’année se terminait sur les dégâts de la grande tempête). Et cette belle formule dans ses voeux du 31 décembre 2000 : « le progrès n’est rien sans la fraternité« .

L’ouvrage se termine par les 4 discours de Nicolas Sarkozy (2007-2010). Nul ne peut à ce jour dire si celui du 31 décembre 2011 sera ou non le dernier…

Au fond, à relire tous ces discours, on constate que rien ne change : la vie est toujours partagée entre les joies et les difficultés, les crises et les progrès, l’espérance et l’inquiétude… Ce qu’on peut admirer, c’est le talent des présidents à varier leurs discours sur des thèmes identiques et immuables !

Offrez-vous, ou offrez à vos proches, ce voyage dans le temps pour faire ressurgir images et souvenirs… Un demi-siècle d’histoire en 200 pages !

Hélène Renard, directrice générale de Canal Académie

 

Diffusion : La Documentation française, tél. 01.40.15.70.10 www.ladocumentationfrancaise.fr

(Le prix du livre est de 24 euros. On peut commander directement sur le site).

 

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