Billet du Pacifique : quand le village d’Alzon dans le Gard rencontre celui de Chatham en Nouvelle Zélande… Par Françoise Thibaut, correspondant de l’Institut

Imaginez le vieux joli village d’Alzon, au nord du département du Gard, à l’ouest du Vigan, à l’est de Millau, au dessus du cirque de Navacelles et de l’antique Lodève : un village paisible, 260 habitants, encore une petite poste et une boulangerie- épicerie-tabac, nimbé du chant des grillons l’été, d’un vent glacial et craquant l’hiver  : 49°58’Nord.

Imaginez l’Archipel des Chatham, à  800 kilomètres à l’est de l’île sud de la Nouvelle Zélande, ainsi nommé par son découvreur britannique, le commandant Broughton, en 1791, en évocation de la base navale de Chatham créé par Henry VIII dans le Kent. 49°58’Sud / 176°33’West

Alzon du Gard est l’unique antipode de Chatham. Partout autour il n’y a que l’eau du Pacifique. L’île de Chatham même est la plus vaste de l’archipel du même nom dans une forme approximative de T, ourlée de nombreuses baies blondes et sablonneuses. Rehoku en maori, car la population originale était nombreuse et organisée. Les Britanniques eurent fort à faire avec ce peuple guerrier, parfois cannibale. L’archipel ne fut connu pendant plusieurs décennies que des chasseurs de phoques et de baleines. Il fallut attendre le rattachement définitif à la Nouvelle Zélande et l’arrivée de missionnaires luthériens allemands, flanqués de leurs familles, pour que l’archipel fût définitivement « pacifié ».

Waïtangi  (en maori les eaux qui pleurent) est la capitale.  En tout une population d’environ 700 habitants, un peu plus de 300 dans la capitale, dispersés dans d’agréables cases basses, surtout des Européens, des Maoris ; de beaux jardins fleuris, mêlant plantes pacifiques ou acclimatées. Le vocable Waïtangi est connu des historiens car il est le nom qualifiant le Traité qui donna forme à la Nouvelle Zélande le 6 février 1840, lequel garantit non seulement la mainmise britannique sur les îles mais aussi les droits fondamentaux des Maoris. Mais ce Waïtangi là n’est pas celui de Chatham, c’est celui de Nouvelle Zélande, dans la Bay of Islands. Homonymie bienfaisante qui permet de ne pas ignorer le petit archipel perdu au milieu du Pacifique sud.

Il est bon de rappeler que de 1788 à 1840 les 2 îles principales de Nouvelle Zélande et ses dépendances insulaires furent rattachées aux Nouvelles Galles du Sud australiennes. Mais le Traité de Waïtangi met fin à ce rattachement : Le Constitution Act donne une autonomie partielle en 1852 et le premier Parlement est installé en 1854. En 1893 la Nouvelle Zélande sera le premier pays occidental à accorder le droit de vote aux femmes : non pas pour les satisfaire, mais pour arriver au quota numérique de votants permettant de conserver un statut indépendant et un Parlement volontariste. Devenue Dominion en 1907, la Nouvelle Zélande deviendra un Etat véritablement indépendant, membre du Commonwealth en 1947. En 1975 le tribunal de Waïtangi prononça  un rappel de l’inaliénable protection des droits des Maoris.

Chatham et son archipel dépendent donc de la Nouvelle Zélande. Lieu désormais paisible, venteux en hiver, doux en été austral. L’isolement est atténué depuis 30 ans par les fréquentes liaisons aériennes avec Wellington, Christchurch et Auckland. L’Internet et le téléphone ont aussi modifié le mode de vie.

Alors ! Songez !

Un géographe passionné d’Alzon du Gard, découvrant cette antipodie tout autant inattendue qu’exceptionnelle a eu l’idée d’en faire un Jumelage ! Monsieur Guy Max, notable d’Alzon, est l’inventeur et l’animateur de cette improbable relation, avec l’aide bienveillante de notre consul à Christchurch : Il a organisé des échanges entre les habitants de Chatham et d’Alzon : ainsi les Français ont débarqué à Waïtangi en 2001 puis en 2006 et des Chathamais sont venus en France en 2003 et plus récemment en 2009 . La relation est chaleureuse, géographique et jubilatoire.

Mais le mouvement s’étiole : Monsieur Max est fatigué, ses partenaires français d’Alzon vieillissent et dit-il avec quelque fureur « les jeunes n’y comprennent rien ».

Canal Académie a décidé d’aider à maintenir ce lien exceptionnel en le diffusant : devenez Antipodiste d’Alzon en prenant contact avec son promoteur.

Par ailleurs, si vous avez vous même la clé d’un antipode exceptionnel ou inattendu, faites en nous part en quelques phrases : CANAL ACADEMIE souhaite créer un CLUB D’ANTIPODISTES, qu’on se le dise…

 

F.T. mai 2012

PS :  un antipodiste est – dans la définition donnée par Larousse – un « acrobate qui, couché sur le dos, exécute des tours avec les pieds ».

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  1. BRUN Martine’s avatar

    Permettez d’apporter quelques rectifications à l’histoire d’Alzon et de son antipode.
    M. Max Guy, n’est pas l’inventeur de l’histoire, mais un simple habitant d’Alzon qui a participé au voyage qui a eu lieu en octobre 2000 avec les huit enfants de l’école d’Alzon. Les organisatrices sont Françoise Galliot et Martine Brun avec l’association Alzon Chatham Antipodes (qui existe toujours) avec le soutien des instituteurs. La personne à l’origine de cette histoire qui a débutée en 1982 est Alain Sabatier, professeur de français à Wellington, aujourd’hui journaliste à FR3.
    C’est en 2002, que des enfants de l’île sont venus à Alzon. L’histoire et les relations continuent, peut-être un peu moins intensément qu’au début du millénaire.
    Chaque année, quelques néo-zélandais passent par Alzon. Des habitants de Chatham sont venus voir leur antipode. En 2006, 6 alzonnais sont retournés à Chatham et on voyageait pendant un mois en N.Z.
    En dix ans, la population villageoise d’Alzon a changé et n’éprouve aucune passion pour ces échanges culturels. Les instituteurs n’ont pas suivi. Seuls, quelques alzonnais, lorsque des visiteurs des antipodes ou de N.Z,. passent par Alzon, font en sorte que l’accueil soit chaleureux. A l’image de l’accueil qui nous a été réservé lors de notre premier voyage en 2000.

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  2. Anne Gilles’s avatar

    Chère Mme Thibault, je voudrais vous remercier chalheuresement pour vos billets d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Je les ai écouté et ré-écouté plusieurs fois et j’apprécie la perspective que vous apportez à notre ‘coin’. Permettez-moi de me présenter ; je m’appelle Anne Gilles. Je suis Australienne et j’habite à Gold Coast à l’état de Queensland. Comme mon nom de famille témoigne, mes ancêtres étaient Français. La famille Gilles venait du village St-Gilles du Gard. Ils étaient Huguenots et ont quitté la France après la révocation d’Edit de Nantes. La famille s’est installé à Londres et puis en Australie de sud. Mon arrière-arrièrie-arrière-arrière grand oncle, Osmond Gilles, fut le premier trésorier du colonie et a laissé son nom partout : peut-être vous avez vu,
    pendant votre séjour à Adelaïde, la rue Gilles au centre-ville, le banlieue ‘Glen Osmond’ et l’hôtel OG. La famille parlaient Français jusqu’au milieu du 19ième siècle et j’ai pris le relais il y a 20 ans ! Je suis francophone et francophile et je m’abonne avec plaisir au Club Antipodistes (un joli nom !) Je fait partie d’un groupe d’Australiens francophones qui se trouve tous les semaines pour deux heures de convérsation et culture française. Je vous rapporterai nos activities qui risquent d’intéresser vous et les autres Antipodistes. Excusez-moi, j’ai trop écrit, mais je voudrais juste faire le portrait d’un de vos auditrices loyales.
    Amicalement,
    Anne

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