Marc Couturier au musée de la Chasse et de la Nature. Par Jacques-Louis Binet, correspondant de l’Institut

Comment cet artiste, dont la discrétion cache mal une rayonnante spiritualité chrétienne, a-t-il pu, au centre du Marais, entre cour et jardin à la Française, dans l’Hôtel de Guénégaud, attribué à François Mansard,  s’attacher à la vie animale ? D’autant que le couple François Sommer, fondateur  de ce musée de la chasse et de la nature a beaucoup tenu, pendant la restauration architecturale, à ce que l’agencement intérieur évoque une demeure particulière : « un musée comme une maison » écrit  Claude d’Anthenasse, conservateur du lieu (1).

Il a fallu la culture biblique de Marc Couturier pour qu’à partir de trois impressions personnelles, il imagine Le troisième jour (2) et redessine, avec un texte de Bertrand Vergely, la première vie, végétale puis animale à l’origine du monde.

Trois impressions, trois souvenirs. 1988, un jour d’hiver, une installation en pleine campagne, sous la pluie. Sur le bord du chemin, une barque est remplie d’eau et tout est inversé, la barque n’est plus sur mais sous l’eau, le reflet des arbres ne va plus de bas en haut mais du ciel sur l’eau.

1998, Marc Couturier réalise une serre ou la verdure n’est plus à l’intérieur d’une serre, mais peint à l’extérieur : la terre est dans le ciel et le ciel est sur terre.  La même année, en regardant une feuille d’aucuba, une fente dans la surface de la feuille fait apparaître non pas la lumière du ciel mais un puits obscur.

En 2001, il dessine une savonnerie pour un tapis, et cette voûte céleste n’est plus  au dessus de nos têtes mais sous nos pieds.

C’est au rez-de-chaussée, par cette volonté de désorientation, ces images de l’après « Big-Bang »  qu’il introduit l’exposition. A la perpendiculaire de Lumière primordiale, mur laqué blanc, violemment éclairé, il dessine, sur toute la surface du reste de la salle,  à la mine de plomb, d’un trait à peine appuyé,  Troisième jour, paysage qui n’est que végétation, entre un chemin, une quinzaine d’arbres, deux clairières, une rivière et le reflet inversé des arbres. Pièce suivante, Barque miroir, incluse dans une glace, réfracte le peu de lumière du jour, que laissent filtrer les volets clos, barque de la  traversée du Styx, « arche de Noé, miroir de Narcisse ou miroir du monde » ? Dans la dernière des salles d’exposition temporaire, trois pierres rappellent que cette végétation, cette eau sont sorties de la terre et dialoguent avec une vidéo silencieuse, qui montre en boucle des bouquets de fleurs.

Au Fil des salles des deux étages, sous le titre, Imprégnations- Emanations, Marc Couturier, sans rien vouloir modifier de l’accrochage du musée, montre à nouveau, mais toujours discrètement, le  passage du ciel à la terre (la Savonnerie Aucuba, qui d’un tapis fait un ciel étoilé), ou l’inversion de l’intérieur à l’extérieur, transformant l’antichambre en palmeraie.

Puis du végétal, il passe à l’apparition de l’animal, avec, dans la salle des chiens, celui de Picasso, à la mine de plomb,  l’aquarelle du Chien rouge et surtout une partie de son Bestiaire de 1967 à 2012. Là encore, dans les trente dessins sélectionnés de la série intitulée Les Personnes, les Animaux et les choses, l’accent a porté sur le même sujet, le Troisième jour, la naissance de la vie, la première apparition des choses, et, sur un tracé très fin, on voit évoquer l’image d’une moule et de son reflet, d’un pont et de l’ombre de son arche, d’un poisson dont le contour n’est dessiné que d’un seul trait, de formes verticales encore lovées ou toutes surprises, mais étonnées et heureuses de se tenir droit… autant  d’apparitions qui appartiennent plus à la vie spirituelle qu’à la réalité quotidienne.              

Jacques-Louis Binet

– Les émissions avec Jacques-Louis Binet sur Canal Académie

1° Claude d’Anthenasse, Un musée comme une maison, Le musée de la chasse et de la nature, Connaissance des Arts, Hors Série, n° 309, 2007.

2° Bertrand Vergely, Marc Couturier, Le troisième jour, Le cabinet des lettrés, Gallimard, 2012

 

 

 

 

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