Remise des Prix Allen* 2012 à Moulins. Discours d’Hélène Renard, correspondant de l’Institut

Les prix Allen ont été fondés il y a vingt-sept ans par Jean Cluzel, président honoraire de Canal Académie. Chaque année une dizaine de personnes, dont l’œuvre met en valeur le patrimoine culturel du bourbonnais et plus généralement de la France, sont ainsi distingués.

En octobre 2012, le Grand Prix de littérature bourbonnaise a été remis, par Hélène Renard, directrice générale de Canal Académie, à Jeanne Cressanges, pour son livre « Je vous écris du Bourbonnais ».

Mesdames, Messieurs, chers amis

Si chaque année, c’est un plaisir renouvelé de remettre l’un des prix Allen, – j’avais remis en 2009 le Grand Prix Allen de la Francophonie, à deux professeurs éditeurs libanaises, puis en 2010 à Laurent Mellier, de l’Alliance française de Washington ; en 2011,  le prix du « parler bourbonnais » à David Gaillardon,  c’est la 1ère fois que je remets le Grand Prix de Littérature bourbonnaise. Et remettre un tel prix à un auteur aussi chevronné que, vous, chère Jeanne Cressanges, est véritablement, outre un plaisir, un honneur.

Je regrette de n’avoir pu assister  au prix Allen du 9 septembre 1995, où vous aviez été distinguée pour vos oeuvres, -ma route n’avait pas encore croisée celle de Jean et Madeleine Cluzel que je n’ai rencontrés que plus tard- mais ce prix était à n’en point douter tout aussi mérité que celui d’aujourd’hui.

La littérature bourbonnaise compte de grands écrivains, dont la réputation n’est plus à faire et vous les connaissez mieux que moi, rappelons,  sans ordre chronologique, Charles-Louis Philippe, Emile Guillaumin, Valery Larbaud,  Jacques de Bourbon-Busset, Emile Mâle et  Jacques Paris…

Auteur chevronné Jeanne Cressanges ? Le nombre de vos ouvrages publiés est impressionnant : Une quinzaine de romans, 5 ou 6  essais, des récits, sans compter les contributions aux ouvrages collectifs et sans parler de vos écrits en tant que scénariste- dialoguiste. Mais sans doute en existe-t-il bien d’autres reposant dans vos tiroirs ou enfouis au fond de votre imagination…  N’êtes-vous pas « la petite fille aux doigts tachés d’encre » de l’école de Saint Sornin, autrement dit un écrivain qui rédige depuis son enfance, sans jamais pouvoir s’empêcher de confier au papier ses bonheurs et ses chagrins, ses histoires et ses rencontres, ses interrogations et ses convictions aussi.

Votre tout premier roman a d’emblée trouvé un grand éditeur, réputé pour la qualité de ses choix, Grasset, pour « La femme et le manuscrit ». C’était en 1959. La femme, les femmes, c’est un thème qui court tout au long de votre oeuvre. Sans doute, un gêne d’Hubertine Auclert qui doit rester dans votre ADN…  Au fil des ans, tous les grands éditeurs vous ont publiée, Flammarion, Casterman, Denoël, Julliard, Le Cherche Midi, et plus récemment  François Bourin.

L’un des critères, me semble-t-il, d’un auteur largement apprécié, est le fait qu’on republie ses livres pour les rendre accessibles à un cercle de lecteurs toujours plus large, en les proposant notamment dans des collections de poche : ainsi en est-il pour vos romans :  « Les eaux rouges », « Les trois naissances de Virginie », le fameux « Le luthier de Mirecourt », et aussi pour « les Ailes d’Isis »…

Et savez-vous que notre auteur bourbonnaise de naissance, -elle est née aux Croiziers, à 2km de Noyant d’Allier, ancien village minier-, a rédigé une nouvelle, sur le thème du toit, du logement, où son nom côtoie Irène Frain et Claude Michelet entre autres, mais aussi celle qui, aujourd’hui est devenue, Ministère de la Culture, Aurélie Filippetti ?  La vie réserve bien des surprises, n’est-ce pas madame ?

L’ouvrage qui nous occupe pour ce Prix Allen de la Littérature bourbonnaise a pour titre : Je vous écris du  Bourbonnais ; il est publié par Serge DOMINI éditeur, avec le soutien du Conseil général de l’Allier, et de son président Jean-Paul Dufrègne.

Tout votre talent est d’allier, sans jeu de mot!, la description des lieux et vos souvenirs personnels, ce qui donne à la fois de l’information et de l’émotion. C’est un art difficile… Vous ne tombez jamais dans le style « guide touristique » et pourtant vous excellez à mettre sous nos yeux la beauté des châteaux et des chapelles, des montagnes et des vallées, des villes et des villages. Chez vous, tout est équilibre, finesse, vous n’imposez jamais vos souvenirs, vous les glissez délicatement juste pour donner envie d’aimer cette contrée. Et gageons que, chacun ici présent, même s’il connaît parfaitement son terroir, fera, avec votre ouvrage, des bien belles découvertes…

Comment mieux goûter un auteur, et donner le goût de le lire, que de citer quelques lignes, choisies au fil des pages, choix tout subjectif évidemment ?

Ah, encore un mot avant de terminer : Jeanne Cressanges, vous m’avez fait le plaisir, et je dirai même l’amitié, de venir enregistrer au studio de Canal Académie.  Comme ma mission est de mettre en valeur les académiciens, je vous ai fait raconter ce que les noms d’Emile Mâle, de Jacques de Bourbon-Busset, et de Jean Cluzel, tous trois académiciens, évoquaient pour vous. L’émission est en ligne, on la trouve sur le site canalacademie.com, en tapant dans le moteur de recherches… le mot « bourbonnais » évidemment !

Et maintenant, comme le temps nous est compté, voici les lignes promises :

A chacun le ciel de son pays est incomparable. La qualité du mien vient de la diversité de sa lumière. J’aime ses gris gorge de tourterelles, ses transparences d’aigue-marine, ses turquoises, ses mauves, ses pourpres, et quand il ressemble aux peintures naïves, son azur fleuri de nuages blancs et ronds.

Mon église de Noyant est modeste ; restaurée au XIX è siècle, elle garde son aspect roman d’origine et jouxte le château dont la grosse tour carrée du XV è m’intimidait quand j’allais voir ma cousine Eugénie qui y était lingère. Un matin d’été, Eugénie m’y fit grimper au dernier étage. Dans une légère brume ensoleillée, je vis ce bocage s’étendre jusqu’aux collines bleues comme un habit d’Arlequin car divisé en lopins par des haies (les traces, disait-on, ou les bouchures), cette terre était vouée à l’époque à la polyculture. Elle me montra au loin les côtes Matras, m’expliquant que les Romains y avaient construit une route qui allait de Moulins à Limoges. Ce fut dans l’enchantement des jaunes et des verts de cette nature féconde, ma première leçon d’Histoire !…

 

Enchantement, c’est le mot juste, la sensation que l’on éprouve en s’enfouissant, avec bonheur dans votre livre.  Pour ces moments de bonheur, que votre talent nous offre, soyez remerciée madame, et recevez ce Grand Prix Allen de Littérature bourbonnaise.

* Allen, qui signifie tous ensemble, est devenu, depuis le Duc Louis II de Bourbon, la devise du bourbonnais.

Le bourbonnais, terre d’académiciens

Les émissions d’Hélène Renard sur Canal Académie

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