« Turbulences » à l’espace culturel Vuitton. Par Jacques-Louis Binet, correspondant de l’Institut

Je m’étais promis, en ouvrant ce blog, de ne jamais écrire sur l’exposition d’une galerie,  pour ne pas risquer de confondre l’art et la publicité, le talent et le commerce. Aucun risque avec TURBULENCES  à l’espace culturel Vuitton, ouvert tous les jours, y compris le dimanche jusqu’au  16 septembre : la libre entrée se fait en dehors du magasin, rien à vendre ni à acheter et vous ressortez avec un sérieux catalogue.

Le nom des onze artistes, Angela Bulloch, Loris Cecchini, Miguel Chevalier, Elias Crespin, Attila Csörgo, Pascal Haudressy, Zivinas Kempinas, Sachiko Kodama, Ryoichi Kurokawa, Petroc Sesti et Jorinde Voigt ne vous sont sans doute pas familiers . Je ne peux pas les citer tous  mais vous vous souviendrez de ce qui est  exposé, car il s’agit  d’un renouveau du Cinétisme.

Dans Choice de Pascal Haudressy en 2012,  la turbulence vient de cette branche, qui, dans un angle, semble sortit d’un mur pour projeter transversalement, sur ce même mur et le mur perpendiculaire,  ses ramifications et leurs ombres, parcourues d’incessantes vibrations. Sans direction, sans perspective, elle est très proche de La branche d’amandier de Van Goght, qui ouvre l’Histoire de l’infini dans la peinture de Pierre Schneider, c’est-à-dire le déroulement des fonds des tableaux sans perspective. Ici cette turbulence ne vient pas de l’image elle-même, mais sans orientation, elle appartient à un espace qui n’est plus le notre, et suscite en nous une sensation de vertige.

Plus souvent les artistes ont cherché à figurer les mouvements désordonnés eux-mêmes.

Dans Comment construire une Orange ? Csörgo fait flotter des sphères au dessus des turbines mais, avec pour chacune des mouvements aléatoires, imprévisibles, les unes tournent, d’autres rebondissent ou flottent, sans jamais rester sur le sol. Pour Literal Form, Sesti ,dans une sphère cristalline, agite, par une turbine, un liquide transparent, en provoquant un tourbillon permanent, de forme aléatoire, sans modifier la structure de l’ensemble. Kempinas, fait flotter, par des ventilateurs industriels, des boucles de bandes magnétiques selon des arabesques aléatoires (Lemniscate). Inspiré par l’oeuvre de Jesus Soto, Crespin suspend dans l’espace des formes géométriques simples, dont les mouvements, la vitesse, le rythme et l’amplitude sont gérés par un programme informatique, qui créé une forme pour ensuite la désintégrer et la recréer ( Plano Flexionnte 3). Cecchini scarifie, tatoue ou met en relief les murs, par des sculptures  ultrafines de la même couleur que les murs, dessinant autant d’ondes que le mur semble engloutir (Gaps(airborne) ». Mêmes jeux de Jorinde Voigt, avec l’encre, le crayon sur le papier, pour  les mots (Sans titre11-14).

Mais c’est surtout pour la couleur que de nouvelles combinaisons semblent innombrables, avec, ici, deux exemples spectaculaires.

Les boites pixel  D’Angela Bulloch,  ou une boite contient trois tubes fluorescents, chacun pour une couleur primaire, permettant de s’ajuster selon 256 niveaux de luminosité, et de produire des nuances de 16 millions, c’est-à-dire plus que ne le perçoit l’œil humain. Ainsi la perception de la couleur devient aussi un processus infini, mettant à mal la notion de composition et pouvant faire appel au temps.

Avec Chevalier, à coté du peintre,  le public joue aussi un rôle. Dans ses  Pixels liquides, le corps du spectateur, sa mobilité dans l’espace sont saisis par un capteur et laissent une trace sur l’écran qui ne s’effacera lentement qu’au passage du prochain visiteur.    

 

L’art cinétique est toujours vivant.

Calder, Pol Bury, Denise René sont toujours  là..

Jacques-Louis Binet, correspondant de l’Académie des beaux-arts           

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