Extrait de l’entretien avec Michel Serres, de l’Académie française, paru dans le livre « Aventures littéraires » de Jean-Jacques Lefrère et Michel Pierssens

Photographie de Michel Serres par Louis Monier

Histoires littéraires : Vous êtes devenu un académicien français assez atypique. Comment vivez-vous ce statut d’académicien ?

Je suis entré à l’Académie pour une raison toute simple. Je n’arrivais pas à trouver de crédit ou d’argent pour poursuivre mon projet de publier mon Corpus des oeuvres de philosophie en langue française. La première fois que l’on m’a proposé de rentrer à l’Académie, j’ai d’abord refusé, puis je me suis rendu compte que c’était un moyen de trouver des subsides. Pendant quinze ans, cela a fonctionné. […] C’est une position pour juger l’état de la langue. Mais ce n’est rien de plus : je me retrouve souvent en opposition avec mes collègues, sur la féminisation entre autres.

Êtes-vous actif dans le Dictionnaire ?

Un peu, oui. Quand je suis là-bas, rien ne me passionne plus que ça, à la différence de beaucoup de mes confrères.

Est-il question de littérature lors de ces rencontres ?

Il n’est question que de dictionnaire, donc que de mots. C’est un peu embêtant car la langue française n’est pas une langue que de mots, contrairement à l’anglais. D’autre part, sur la féminisation, nous disons encore : « Madame le Secrétaire perpétuel », ce qui me paraît comme un tchador linguistique.

Toutes les photographies présentes dans le livre Aventures littéraires sont de Louis Monier.

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  1. Pascale Devos’s avatar

    Merci pour votre position en faveur de la féminisation du vocabulaire. Merci aussi pour votre compréhension de la « sainte famille » assez nouvelle et atypique dans les débats actuels sur le mariage.

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